Un rond dans un carré

Comme tous les jours, mon réveil a sonné, bien plus tôt que celui du reste de la famille. Bon, d’accord, parfois, c’est Mistinguette qui fait office de réveil par une entrée furtive dans notre lit. Si je fais ça, c’est pour prendre mon temps, me doucher, et surtout petit-déjeuner avant que le contre-la-montre matinal ne commence. Et essayer d’être disponible pour chacun en étant à peu près réveillée.

Je n’ai pas fait défaut à mon rituel ce matin, même si c’est mon jour de repos sans travail au cabinet. Bon d’accord, parfois, LeChéri est du soir et gère la marmaille, ce qui me permet de glandouiller au lit. Mais pas aujourd’hui. Ce matin, entre deux tartines, j’ai lu le dernier billet de DocMaman et forcément je me suis posée la question. Dans quelle case je rentre? Dans laquelle j’aimerai rentrer? Faut-il y rentrer? Oui oui, mon cerveau s’est mis à fumer autant que mon thé.

Parce qu’il y a effectivement la mère que je fantasmais être à la minute où les deux petites lignes bleues sont apparues sur le « test pipi » , celle que je suis factuellement et celle que j’aspire à être.  Quoi qu’il  en soit totalement imparfaite.

Pendant ma première grossesse, l’ancrage dans la réalité du fameux « avant j’avais des principes, maintenant j’ai des enfants » ne m’atteignait pas. Le deuxième effet kisskool n’en fut que plus violent. Parce que j’ai mis beaucoup de temps à les lâcher ces principes. Parce que je me les suis imposés. Et parce que je me mettais la pression, pas trop, mais juste ce qu’il fallait pour écouter un peu trop les conseils divers et variés. Pour finalement faire la sourde oreille aux principales intéressées : Mistinguette et moi.

Petit à petit, j’ai écouté un peu plus.

Et ça allait mieux. Puis l’arrivée de GrandGlouton a modifié cet équilibre. Mon année de congé parental a été difficile, parce que je me suis oubliée au beau milieu de ce maternage/parentage/parentalité. Quand j’ai compris, réalisé que mon équilibre, mes besoins étaient aussi importants que ceux de mes enfants, ça a changé beaucoup.

Ce qui est sûr, c’est que j’appartiens beaucoup  un peu à la case des parents égoïstes. Parce que les vacances annuelles avec LeChéri SANS enfants nous sont essentielles. Parce que j’apprécie d’avoir des journées comme aujourd’hui , j’ai pris du temps pour moi , suis allée voir un film, me suis infligé un bon rythme au sport. (Attention hein, c’est pas toutes les semaines comme ça, plus souvent c’est ménage/course, préparation des repas des enfants and co). Parce que la perspective d’une nuit complète me ravit quand mes beaux-parents nous proposent de garder les enfants à dormir. Mais pour le reste, je suis dans l’entre deux.

Maternante ET stricte.

Oui, il y a des choses chez nous qui ne passent pas, nous sommes, je suis l’adulte et je décide souvent parfois. Et les enfants suivent. Point.

Mais lorsque la solution aux réveils  nocturnes et tétatinés de Mistinguette a été de remettre son lit dans notre chambre, puis de modifier la répartition de toutes les chambres, ça a été une évidence redonnant un sommeil réparateur à chacun, après la phase du « chacun dort où il veut, mais il dort »!

Et les besoins intenses de GrandGlouton, au delà de l’alimentaire, ont rendu indispensable l’utilisation de l’écharpe. Devenue quasi-permanente pendant plus de 4 mois, ce qui lui a permis d’avoir de réels temps de récupération, le laissant grandir à son rythme. On a cododoté plusieurs mois aussi, pour répondre à son besoin de contact et d’alimentation et à mon besoin de repos.

Je suis aussi totalement incapable de laisser pleurer inutilement mes enfants , dans leur lit par exemple et la nuit encore moins. Mais très assez tôt, j’ai mis en place un rythme de sommeil , en tous cas d’horaires à peu près réguliers pour les siestes et le coucher du soir. Avec des moyens différents pour Mistinguette et GrandGlouton. Une méthode plutôt douce pour l’un(e) et moins douce pour l’autre.

Je les masse, régulièrement, fait sauter des repas pour organiser des « petits dejeuners le soir », prépare chaque weekend des plats maison qu’ils mangeront à la cantine, j’adore sentir ma fille se taper l’incruste la nuit et chercher mes bras, je ne manque jamais de leur dire chaque soir que je les aime et suis fière d’eux, même s’ils sont tous petits.

Mais j’ai aussi plus ou moins choisi d’arrêter d’allaiter. Pour Mistinguette parce que la reprise du travail a représenté un sacré obstacle pour moi, le tire-lait n’était pas mon ami, l’alternance des gardes de jour, de nuit non plus. Et puisqu’elle a « fait ses nuits » tôt, il pouvait se passer près de 36h sans qu’elle aille au sein… ça s’est donc fait tranquillement, sans stress ni pression, au rythme de ma « reprise ». Pour GrandGlouton, ça été une décision difficile, mais les 10 kgs en moins qu’affichaient ma balance me manquaient beaucoup trop. Et pourtant j’étais en congé parental, et pourtant il était diversifié depuis belle lurette mais je ne tenais plus la cadence. J’en étais retournée de plus partager son regard à ce moment là mais ça été le déclic, le début de ma phase égoïste, qui persiste toujours.

Et je sais que j’ai des efforts à fournir, parce que j’ai une personnalité assez carrée..

Alors je m’écoute, sur mes besoins, mais je m’écoute aussi sur les leurs. J’apprends, encore et toujours,  d’eux.  Je les écoute aussi.

Tout ça pour parler des « valeurs éducatives », de la projection de la parentalité… vastes notions.

Je me dis simplement que je ne vais pas appliquer des choses/ des situations à des enfants alors qu’elles sont déjà aberrantes pour des adultes….

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Atchoum !

Il est des femmes qui accouchent rapidement, même pour un premier enfant.

D’autres avancent dans leur travail de façon plus « académique », linéaire, respectant le saint « 1cm/h » de dilatation du col.

Certaines nous surprennent, d’autres pas.

Il nous arrive aussi de « sentir » , percevoir comment ça va se dérouler, de nous fier à notre instinct , hors de tout critère objectif et formel. Et de moins en moins je me trompe. Je perçois de mieux en mieux les subtilités, facettes des futures mamans, perception fort différente de celle que j’avais quand j’exerçais quasi-quotidiennement en salle de naissance. En salle, combien de fois ai-je dit à mes collègues « la dame, en salle JaimeLaCouleur, elle rompt/se met debout/éternue, elle accouche! » histoire qu’on soit bien toutes au courant , et pas que lorsque les femmes arrivaient à 8 ou 9 cm de dilatation.  Disons que maintenant je sens surtout celles pour qui ça va être compliqué…

Mais si y’en a bien une pour laquelle le pifomètre s’est totalement déréglé, c’est moi.  A chaque naissance naissance express, apportant un bébé « bouchon de champagne », je sortais un beau «  ah non, mais vous verrez les filles, accoucher en éternuant, c’est pas pour moi! En plus avec mon mètre 30 et mes pieds taille 32 hein! Je vais vous en faire baver pendant des HEURES. des JOURS même » (oui oui, c’était de notoriété publique, les plus petits pieds de la mater, c’était les miens!).

Bien m’en a pris.

9h, pré-travail, accouchement, délivrance incluse pour la Mistinguette. Une belle phase de désespérance au moment où elle s’est servie de ma vessie pour tourner sa tête et regarder vers mon dos, moi allongée à même le sol. Je crois que j’ai donné des coup de pieds. Je sûre d’avoir hurlé le prénom de l’anesthésiste de garde « P****n DrGentilleMaisLente, ramèèèène-toi, je veuuuuux une péri » que je n’ai pas eu puisque grosso modo une demi-heure plus tard Mistinguette était toute frétillante SUR mon ventre.

1h15, temps requis pour la livraison du « beau » Fiston, avec les 45 km de trajet inclus. Voilà voilà… dans un coin de France pas tellement réputé pour sa fluidité du trafic, surtout le dimanche en fin de journée. Même pas peur. Je l’avais pas vu venir celle là. Mon homme, lui l’a par contre bien entendu dans la voiture, de même que la pauvre dame à qui on a hurlé un splendide , non vous ne saurez pas, devant la porte, à attendre que notre sage-femme vienne nous ouvrir. Je ne sais pas quel mécanisme de d’adaptation j’ai bien pu mettre en place mais j’ai quand même attendu d’être dans le hall pour pousser. Parce que sur le trottoir à -5°C faut pas pousser (huhu) quand même. Et paf le bouchon de champagne. Et puis gros en plus. Malgré mon 32 fillette…

Comme quoi, éternuer est à la portée de n’importe qui!

Tu n’y arriveras jamais

Tenir toutes mes bonnes résolutions est difficile. Beaucoup de situations chronophages et énergivores se sont accumulées, je suis entre autres franchement absente du blog et de Twitter ces dernières semaines. L’activité au cabinet est débordante, je ne vais pas m’en plaindre, même si je culpabilise encore de refuser un suivi faute de place. Et le bilan de cette première année d’exercice est très positif, et réconfortant, je ne regrette pas ma décision! Après ces journées intenses, je n’aspire donc qu’à me coucher et me reposer avant d’enquiller 2 (les bonnes nuits) à 4 réveils nocturnes du Fiston… Ajoutons à tout ça un début d’année riche en émotions familiales … Pas franchement le temps de penser à moi!

Mais un événement important s’est déroulé il y a quelques jours et nous avons tous pris le temps d’en profiter, à sa juste valeur.

Ma belle-mère a reçu la légion d’honneur, et j’en suis pas peu fière!

J’ai la chance d’avoir une excellente relation avec mes beaux-parents, je pourrai la qualifier de parfaite. Nous ne sommes pas d’accord sur tout (et heureusement!), et on a la possibilité de se dire M****. On se secoue mutuellement quand c’est nécessaire, sans  être rancunier. Et, surtout, nous n’avons jamais de remarque sur notre façon d’élever nos enfants.  Sans avoir eu une vie « difficile », ils ont pourtant traversé certaines étapes qui les ont construits, renforcés, et fait d’eux des personnes honnêtes, généreuses et humbles. Ils ont, à mon sens, « réussi ». A conjuguer l’équilibre familial et professionnel, individuel et collectif. Mon homme a toujours été très proche de sa famille, géographiquement parlant. J’avoue avoir redouté le plan « weekend en famille » au départ, par peur d’être étouffée, enfermée dans une routine « pépère ». Certainement parce que ça n’a jamais été dans mes habitudes familiales; mes parents travaillaient en horaires décalés, adaptant leurs roulement pour s’occuper de nous  au détriment de leur couple. Et puis toute ma cousinade, oncles et tantes sont répartis partout en France alors que chez eux, la répartition se limite à deux villages voisins!! Je n’ai pas grandi avec cette structure autour de moi, j’ai dû la trouver seule. Aussi je suis heureuse de les compter auprès de moi, et fière d’appartenir à leur « clan », qui s’étend bien au delà de nos frontières…

Cette décoration est toute récente, mais elle consacre parfaitement cette famille, par la mère. La fierté lue dans les yeux de chacun, mon beau-père, mon homme et son frère est à la hauteur de la reconnaissance que lui accorde la communauté scientifique. Alors qu’elle était l’une des premières femmes à intégrer un laboratoire de recherche publique, enceinte, elle n’a acquis la nationalité française cette même année qu’après avoir prouvé sa maitrise écrite et orale de « notre » langue… Elle s’est battue, jamais au détriment des autres, pour avancer et dévier le chemin qui lui était tracé, celui de fille d’immigrés, contre les incessants « tu n’y arriveras jamais ».

Mais vous y êtes arrivée, discrètement et sûrement. Et vous avez réussi, avec votre mari à transmettre à vos fils ces valeurs d’équilibre, de travail et de fierté de l’autre. Je les perçois encore dans chacun de vos gestes et attentions pour vos petits-enfants. Aussi je me suis cachée derrière mon objectif mais l’émotion était tout aussi vive pour moi lorsque vous avez été décorée.

Vous y êtes arrivée et surtout, vous la méritez.

Parti pris

J’ai toujours eu du mal avec les anesthésistes, enfin, avec leur attitude. Je sais pourtant qu’ils sont essentiels au bon fonctionnement des services d’obstétrique , qu’ils sont très sollicités et que la notion de garde blanche leur est (presque) inconnue. Mais le côté « Bougez-pas Madame, Je vais vous sauver soulager de la douleur » que j’ai pu observer chez la grande majorité d’entre eux fait que je suis plutôt sur mes gardes. Ajoutez à cela leur aptitude à se faufiler hors d’une salle dès qu’il est trop tard pour poser une péridurale, avec les nombreux retours mitigés des patientes. J’ai donc un parti pris assez négatif vs à vis d’eux. Ce n’est pas bien je sais.

Mais un jour j’ai eu un « coup de foudre professionnel ». Qui ne m’a pas fait complètement changer d’avis mais disons que je suis moins partiale, j’essaye du moins.

Je l’ai appelé pour poser une péridurale à une femme demandeuse, arrivée seule tandis que son mari s’occupait de « caser » l’aîné dans la famille. Le travail est bien avancé mais c’est gérable, et lui est rapide. Alors qu’il nettoyait son dos à la bétadine, la poche des eaux s’est rompue et l’envie de pousser s’est franchement manifestée. Je m’attendais donc à ce qu’il remballe ses affaires, sorte, et nous laisse nous débrouiller. Mais non, il a effectivement rangé son matériel, sorti son chariot puis s’est approché d’elle. Il s’est assis en face, a planté ses yeux dans les siens, lui a dit que ça irait, qu’elle pouvait le faire. Il lui parlait calmement, d’un ton égal, régulier, contenant. Et lui a tenu la main jusqu’à ce qu’elle se dégage pour attraper son bébé.

Il a, une autre fois, attendu près de 20 minutes que la femme soit prête à monter sur le lit d’accouchement afin de poser le cathéter. Et, en 5 ans passés dans la même maternité, je ne l’ai pas vu une seule fois remettre en cause en appel.

Je m’avance déjà, oui, c’est notre boulot de sage-femme d’accompagner les femmes, de les aider à traverser, supporter la douleur de l’enfantement. Et dans ce type de situation, accepter que ce qu’elles ont envisagé  n’arrivera pas et qu’elles ont les ressources nécessaires pour y arriver.  Mais des anesthésistes qui restent alors qu’il n’y a pas de gestes techniques ou de surveillance importante à effectuer, j’en ai croisé … 2.  Je les aime d’amour ces deux là.  Alors oui, tous les autres anesthésistes de France et de Navarre  ne sont peut être pas comme je me les représente, et je n’ai pas la prétention de les avoir  tous rencontrés.  Et peut être suis-je encore trop dans le monde des bisounours à espérer un travail main dans la main, au bénéfice de la femme. Je n’ai certainement pas conscience de tous les tenants et les aboutissants de leur travail, de leur façon d’exercer, de leur implication, mais je suis convaincue que leur compétence, présence sont pertinentes bien au delà de la pose d’un cathéter ou d’une situation d’urgence vitale. Et pas que chez les bisounours….

Chère Ambre,

je réponds avec plaisir à ton invitation, même si je sais que je n’arriverai pas à faire aussi court que toi!

J’ai moi aussi eu le goût de la lecture toute jeune mais d’un abord bien différent. Les seuls livres présents à la maison étaient les miens et ceux de mes frères. Nos parents, pas franchement passionnés, tenaient à ce que les trois principes « lire-écrire-compter » soient maîtrisés. Ma bibliothèque s’est vite enrichie et à 8-9 ans, j’avais déjà besoin de ma lecture du soir, bien au au chaud sous ma couette. Cette habitude perdure et même si j’ai fait beaucoup de résistance, mon mari m’a convaincue, et j’apprécie ma liseuse qui me permet d’emporter mes livres partout.

J’aimais aussi beaucoup écrire, des lettres surtout. Je me rappelle les colonies de vacances, une simple carte postale ne suffisait pas pour raconter mes aventures! Le lien que ces mots créaient avec ma famille, mes amis me rassurait. Et puis, petit à petit, j’en ai eu moins besoin , moins envie, notamment au lycée. Toute la « technicité » imposée ne m’allait pas, et la pédagogie utilisée me faisait fuir les livres. J’y suis revenue, j’en ai « dévoré » quelque uns au cours des mes études de sage-femme. Et depuis mon mémoire, je n’avais rien écrit de particulier.

Je suis arrivée un peu par hasard sur les blogs de sage-femme, de médecins. C’est le livre de Jaddo qui m’y a menée et, de fil en aiguille, Twitter aussi. L’échange entre collègues est différent en libéral, mais le besoin toujours là. Alors je me suis lancée. Je t’accorde que l’échange peut être à sens unique, puisque j’écris à la fois à destination de tout le monde et personne en particulier. Mais j’aime ça. Je suis bavarde, ascendant très bavarde, ça m’aide à y voir plus clair, ordonner mes idées, ma façon de travailler et d’accompagner mes patientes. Je sais que je dois grandir encore , mûrir, amener mes réflexions plus en profondeur, et pour ça je dois écrire plus souvent, peut être m’impliquer plus dans la profession de sage-femme.

Je verrai où mon blog  et mes envies me mèneront 😉

En attendant, et parce que je suis aussi TRES curieuse, j’ai hâte que Bruits de Pinard et Ellys Lynen nous livrent leurs raisons!

Je n’ai  pas été trop longue cette fois. A bientôt, sur ton blog, ou le mien!

Ni Sorcière Ni Fée

Le marathon

2 semaines en janvier, 3 en juin.

Le marathon des exams, parce que c’est bien de ça qu’il s’agit.

Les épreuves, qui nous permettaient de passer dans l’année supérieure, et à terme, d’obtenir notre diplôme, s’apparentaient à une véritable course de fond. Quoiqu’il arrive , tenir la distance, s’astreindre à un régime quotidien, sinon, c’est la défaite assurée.

Déjà parce que le moindre cours, même en module, donnait lieu à une épreuve. On en avait donc 2, voire 3 chaque matin.  Le rythme était essentiel, forcément.

Nous n’étions pas trop mal rôdées. Etant une adepte quasi monomaniaque de la fiche  très synthétique, je me suis  retrouvée affublée du statut de « guide » de révisions. Honnêtement, on passait toutes notre « blocus » (période blanche destinée à préparer les exams = vacances de noël ) chez nous, et, pour ma part, le pseudo travail fourni officiellement a fait illusion jusqu’au diplôme. Parce que mes fiches, elles étaient faites AVANT les vacances. Mes cours, je les connaissais avant les révisions. Nous sacrifiions donc à 4-5 jours de bachotage intense avant le coup de feu de départ, entre travail en petit groupe et en individuel. J’ai une mémoire visuelle, je me rappelle encore le déroulement de certaines de ces fiches, avec les couleurs et tout et tout, je les relisais mentalement pendant les épreuves et zou… Autre point essentiel: les repas. Et on ne  se refusait rien pendant ces périodes. Pique nique sur l’herbe en juin, plats chauds et caloriques l’hiver. Sans oublier la sacro-sainte cérémonie du goûter, agrémenté de thé, chocolat chaud et gâteaux (bien souvent faits maison, un four avec minuterie ça tourne tout seul le temps d’ingurgiter quelques infos supplémentaires!). Beaucoup autour de nous hallucinaient, et se sont pincées à la proclamation des résultats, eu égard au travail « fourni ».  Mais pour moi, ce qui m’aidait le plus, c’était  le sommeil. Au lit à 23h max, avec, en plus, la possibilité si panne de réveil de descendre en chaussons aux épreuves puisque nos chambres à l’internat se situaient dans le même bâtiment que les salles de cours. Et j’ai rapidement instauré la sieste digestive. Si je ne la faisais pas, je m’endormais sur mon fauteuil ou mon bureau alors autant faire ça plus confortablement dans un lit!

Mon dernier rituel, qui en était devenu presque un jeu avec une super copine (qui l’est toujours), ma binôme de révisions d’ailleurs, c’était à celle qui terminerait l’épreuve en premier. Je n’ai jamais été du style à faire un brouillon, relire, recommencer puis recopier, et encore moins pour des exams! Par contre, dans les starting blocks, je prenais quelques minutes avant de saisir mon stylo pour réfléchir à mon fil conducteur et une fois lancée, je ne m’arrêtais plus. J’ai gagné la plupart du temps (parce que j’écris plus vite qu’elle).

Mais la pression retombait très lentement. Parce que ce qui est frustrant, c’est que les notes n’étaient connues qu’en fin d’année. On partait à l’aveugle sur les épreuves de juin, et c’était chaud vu les critères pour avoir son année : pas plus de 4 points d’échec sur la totalité des épreuves (donc, en gros, si je me tapais un 5/20 dans une seule matière, bonjour le redoublement) et avoir plus de 12 de moyenne générale. Rattrapage accessible entre 10 et 12 de moyenne. Je n’ai eu qu’un seul 7/20 sur toute ma formation, mais c’était de ma faute j’avais pas révisé.

Pour le reste, j’ai eu le c** bordé de nouilles. J’ai même eu un prix avec mon diplôme. Ca m’a permis de faire un discours, et d’ouvrir ma gueule.

Mais ça, je vous raconterai  une prochaine fois.

C’est promis

Prendre de bonnes résolutions en début d’année, c’est un peu comme être en campagne. On fait des promesses qu’on ne tiendra probablement pas. C’est pour ça que j’évite.

Mais quand même, ce serait bien que cette année je fasse un effort, et que je m’y tienne VRAIMENT.

Je vais faire attention à ce que j’ingurgite, avoir une alimentation plus « équilibrée ». Bon, après la débandade culinaire des 15 derniers jours, la moindre part de légumes compense immédiatement. Reste plus qu’à tenir. Et, forcément, aller plus au sport. Mais ça, ce sera quand mes réserves d’énergies ne seront plus entamées par 2 réveils nocturnes les « bonnes » nuits. Je me cherche des excuses mais maintenant que j’ai trouvé une remplaçante, une vraie, je vais vraiment prendre ma journée de repos en semaine. Je la passerai probablement à siester les premières fois et ensuite, c’est promis j’irai au sport. Parce que c’est vrai que le cap de la trentaine passé, le double effet kisskool des repas copieux est plutôt triple voire quadruple!

La deuxième grande ligne de cette année serait d’apprendre à dire non. Pas à mes enfants ou mon mari, là pas de problème, je sais faire. Par contre avec mes patientes… Je dois vraiment prendre sur moi, parce que j’ai l’impression de les laisser tomber quand toutes mes séances de préparation à la naissance sont complètes, malgré le fait d’avoir rajouté 2 groupes/semaine, je culpabilise à mort quand on me fait comprendre que « mes » horaires ne sont pas compatibles avec les leurs et « quoi? vous ne travaillez pas tous  les samedis ni à midi, et pas de rendez-vous après 19h? » Ben, non, je mange (ou plus souvent j’effectue une visite à domicile) et j’apprécie quand c’est possible le samedi matin en famille et de pouvoir coucher mes enfants. Ou encore refuser de faire une « ordonnance seuil-de-porte » « mais je vous jure Madame ça vous prendra que 2 minutes » et passer le message que mes journées ne consistent pas à les attendre venir quand elles y pensent, pour la rééducation j’entends. Je dois m’imposer cette rigueur, et prendre du recul, sinon, je sais que ça va m’épuiser.

J’aimerai publier plus d’articles sur ce blog, parler peut être un peu plus de moi et moins du boulot même si ça ne va pas être tout rose …  Et puis aussi, je serai un peu plus consciencieuse et je relirai mes billets avant publication. Ou pas.

Et dans le monde des bisounours, je serais capable de travailler 12h/jour, aller au sport quotidiennement, préparer de bons petits plats maison bio, bien sûr, presser le jus d’oranges chaque matin, voir les potes aussi souvent que souhaité, je ne serais pas fatiguée, toujours bien sapée (parce que j’aurais le temps de shopper sur le net entre 2 et 4h du mat’), coiffée, je m’occuperai de mes enfants avec toute la patience de celle repue de sommeil. Et bien sûr, je pourrais manger tout ce que je veux et rentrerai dans mes tous petits minis jeans 3 jours après avoir accouché…. Et, pour finir, ma maison serait toujours nickel chrome sans aucune aide extérieure, pas même celle de ma fée Mirabelle!

Je peux toujours rêver.

De vive voix.

Au détour d’une tasse de thé nos regards se croisent. Entourées de  »gros bidons » et de bébés lovés dans leurs écharpes on s’observe. Je la revois enceinte, mais pas ici, plutôt à l’hôpital. La discussion s’oriente sur la place de l’aîné dans la fratrie, devenir grand(e) frère / soeur sans pour autant devenir  »trop » grand aux yeux des parents. Je vais chercher je ne sais plus trop quoi dans le bureau des sages-femmes, j’ai la sensation qu’elle a profité de cet isolement.

Tu ne te souviens pas de moi?

Justement, je me demandais d’où je te connaissais…

Tu m’as accueillie pour ma fille, en attendant que ma sage-femme S. arrive…

Ouiii, je suis venue vous chercher à l’accueil.  C’était au petit matin, en été car il faisait jour. Ton mari est métisse ?

Oui oui, il l’est. Et S. nous avait prévenus. Tu as été super, tu m’as beaucoup aidée. S. avait raison. Je ne t’oublierai jamais. Et puis tu sais, j’aime beaucoup ton blog.

J’ai bredouillé quelque chose, sur les billets difficiles en ce moment, ai probablement piqué un fard, l’ai remerciée…. drôle de sensation pas évidente à décrire.

C’est bizarre la première fois!

C’était eux. C’était moi.

C’est le coeur chargé, la tête vide et les jambes lourdes que je suis allée travaillé ce soir là. La peur au ventre aussi. Et quand on commence à avoir peur, ce n’est pas bon. Du tout.

Bibi, avec presque 36h d’éveil derrière elle, a longtemps hésité  mais a réussi à venir prendre sa garde. On n’ose pas sortir de la minuscule chambre de garde qui nous sert aussi de vestiaire mais bon, à un moment donné, faut bien y aller. Nos collègues de jour ont le droit de rentrer chez elles. Elles nous apprennent qu’elle est vivante, mais son pronostic vital est engagé. Son mari n’a eu de cesse de faire des allers-retours pour venir  s’occuper de son bébé et voir sa femme, à l’autre bout de la ville. Elles temporisent, sentent bien qu’on a encore besoin de quelques minutes avant de se retrouver toutes les deux. Alors elles nous racontent chaque venue de la journée, les consultations de terme, les deux naissances de la journée. Mais elles nous laissent une salle vide, et il n’y a pas de femme en « attente » dans les étages. Seule une « primi » (qui attend son premier enfant) a de fortes chances de revenir, le travail n’était pas encore franchement lancé et rentrer chez elle lui convenait.

On tourne en rond, vérifie ce qu’on doit vérifier et puis on va « dîner » mais sans grand appétit. Vous vous en doutez, elle est revenue.

Quand ça sonne, Bibi me dit clairement que si je peux m’en occuper, ça lui va. On est que deux, il faut bien alors j’y vais.

Je les connais, on a fait quelques séances de préparation à la naissance ensemble. Ils ont rigolé à mes blagues pourries. On a plutôt bien accroché. Et puis il y a ce je ne sais quoi qui me plait bien chez eux. Du genre « dans un autre contexte on aurait pu être amis ». Et aussi cette évidence: ils sont liés l’un à l’autre, l’un pour l’autre. Il y a des couples comme ça, ça crève les yeux. Et « hasard » de la vie, mariés, ils portent les même initiales.  Les salles de naissance portent des noms, comme dans beaucoup de maternités. Et chacune a un peu son histoire, son destin. Alors, comme pour contrer le mauvais sort, et puisqu’il y a le choix, je les installe dans « ma » salle préférée, celle où je n’ai jamais eu besoin d’appeler personne. Elle est à 4 cm de dilatation, son bébé, (une surprise), se place bien sur le col et dans l’axe du bassin. Je leur ré-explique (puisqu’on l’aborde en préparation) le monitoring de départ. Il est parfait. Je sais que nous allons passer la nuit ensemble, alors je m’économise. Pas eux. L’avancée de la dilatation est « scolaire », 1cm par heure (même si je ne l’ai pas examinée toutes les heures, en regardant le partogramme, c’est ce que ça donne), rythmée par des bains, des vocalises, de la marche, des suspensions, le tout agrémenté de monitorings discontinus. A un moment  (lequel?) j’ai placé un cathéter obturé, elle était dans le bain, bercée par ses hormones et toujours soutenue par son homme. Connectés l’un avec l’autre. Et moi dans tout ça, je garde le souvenir d’être restée assise sur mon ballon rose à les observer, les admirer. Jamais, par contre, l’idée de la péridurale ne s’est profilée, n’a été abordée. Le rythme du travail s’intensifie, la fatigue s’installe probablement,  elle ressent de plus en plus le besoin d’être proche de lui, en contact, quasi-permanent. Ma présence est à limite du superflu, ils accompagnent leur bébé en toute confiance. Je sais qu’une ou deux femmes sont arrivées à partir de 4-5h du matin, Bibi a doucement émergé et s’est remise sur les rails. On s’est occupé d’elles ensemble. Et puis, junior décide qu’il a assez fait patienter ses parents, la descente commence. Mais tranquillement, un premier bébé quoi. Elle cherche, sa position, tourne dans tous les sens, puis sa poussée, de plus en plus impérieuse. Ils finissent par s’installer l’un contre l’autre, lui lui servant de dossier. Mais ça commence à prendre du temps, au monitoring, de légers signes de fatigue sont présents. Je décide d’aider en ajoutant de l’ocytocine de synthèse, donner le coup de pouce supplémentaire. Bibi vient me soutenir, me remotiver pour pouvoir bien les accompagner. Et de leur côté ils s’accrochent, elle surmonte la douleur, la traverse.

Jusqu’à ce qu’il pointe le bout de son nez, enfin, de sa tête pleine de cheveux. 6h01. Accueilli par les mains de ses deux parents. Bonnet, drap chaud et on s’éclipse. Bibi rejoint les autres femmes, je m’étire et y retourne. Ils ont attendu un peu, peut être pour savourer plus, de le découvrir fille ou garçon. junior est un enfant de l’Avent. Les voir tous les trois est aussi une évidence, une famille est née.

La fin de la garde est un plus mouvementée, l’autre bébé né nous marquera aussi. Ce qui décidera Bibi à arrêter la salle de naissance pendant un bon moment, près de 3 ans.

Je n’ai finalement pas lâché. Je n’ai pas arrêté la salle. Pour plein de raisons. Parce que ma vie perso a changé, du tout au tout ( si vous êtes sages, peut être qu’un jour je vous raconterai). Parce que j’aime mon métier et que cette nuit là, j’ai accepté ses différentes facettes. Parce que cette famille y a participé. Ils sont ma naissance réparatrice. Et je ne sais plus comment un après-midi d’hiver j’ai atterri dans leur salon, à boire du thé, discuter BD et jeux de société. C’était la première fois que j’acceptais une invitation de la part de patients. C’est toujours la seule à ce jour. La lettre écrite de leurs mains m’a fait pleurer dans le métro. Ses deux hospitalisations pour drainer l’abcès qu’elle avait au sein m’ont peinée, parce que cet allaitement était important pour elle. Et, pleine de la générosité qui la caractérise, à jeûn dans la salle d’attente, elle m’attendait à la sortie de ma garde de nuit pour me tendre un petit déjeuner, avant de se rendre au bloc. Je crois qu’on est vraiment devenus amis après qu’ils nous aient invités, mon amoureux et moi, au baptême de junior. Depuis, on s’est pas franchement quittés. Le petit frère est né dans le bain, ça lui va si bien. C’était un autre très beau moment. Le dernier garçon est « fait maison », ils ont été accompagnés par une sage-femme qui a travaillé près de 20 ans dans la maternité de leurs aînés, sans qu’on ne se soit jamais croisées. Elle est la marraine de ma fille. A notre mariage, ils nous ont fait un cadeau dont seul le coeur est capable.

Notre lien serait-il différent si le destin, la vie avait lancé les contractions la veille, ou lors de la semaine précédente? Peut être. Ou pas. Finalement je m’en fiche, parce que je suis heureuse d’avoir franchi la « limite ».

Et d’avoir continué à croire en mon métier.

Juste après

Vous connaissez la chanson de Goldman ?

On a toutes et tous des moyens de réconfort après des gardes difficiles, accompagnements délicats. Le chocolat La nourriture, combo glandouille/sérieTV/vin le sport, et mon préféré,  le déballage entre copines sages-femmes .

J’ai quitté  cette garde rapidement, avant même de connaître les nouvelles récentes pour cette patiente. Pur égoïsme de ma part. Je me savais incapable de revenir le soir si on nous annonçait son décès. Je suis donc rentrée chez moi, comateuse dans le métro et me suis écroulée sur mon lit. Cette fois là, j’ai dormi, profondément, mais je me suis réveillée épuisée, lasse, courbaturée. Je n’ai pas appelé mes collègues, ni Bibi, pour préserver le peu de motivation qui me restait pour aller travailler. Sur le trajet, je me suis arrêtée pour acheter mes gâteaux préférés et du thé, pour me convaincre que j’aurai le temps/l’envie d’en profiter cette nuit…

Les gardes se suivent. Et ne se ressemblent pas.

Heureusement.