Depuis quelques jours, je guette ma boîte aux lettres.

Encore rien, le fameux courrier n’arrive pas. Il semble que mon Conseil Départemental de l’Ordre prenne son temps. Je suis pourtant prête à la donner ma réponse, solidaire de mes collègues  concernés.

La question de l’accouchement à domicile a toujours divisé, et continuera. Mais la chasse aux sorcières qui s’organise (et savamment expliquée, comme à l’accoutumée,  par 10 lunes) menace directement cette pratique professionnelle et le libre choix qui lui est associé, celui pour une femme, un couple de définir le lieu qui leur est le plus adapté. Cette liberté est déjà compromise par le faible nombre de sages-femmes le proposant, associée aux difficultés que parents et sages-femmes rencontrent pour établir un partenariat médical avec une structure hospitalière en cas de nécessité de transfert. Ils sont en marge de la norme obstétricale , et l’assumer , face aux autres soignants, à l’entourage familial, professionnel, relève presque de l’acte militant. Parce qu’au coeur d’un débat aussi passionnant, les arguments des uns et des autres s’affrontent, se dominent et il n’en ressort souvent que les extrêmes , les « anti » et les « pro » n’arrivent même plus à s’écouter.

Mais la conjoncture actuelle est largement en faveur des « anti ».

J’ai pour ma part évolué concernant les naissances à domicile. Ou pas tant que ça, tout dépend d’où vous voulez partir…

Pendant mes études, je ne crois même pas avoir cherché à en avoir une, d’opinion. J’ai bien effectué un chouette stage avec une super sage-femme libérale, elle-même associée à une sage-femme pratiquant les AAD. Mais prise dans la routine scolaire, je ne me suis pas attardée dessus.

Et puis mon opinion a commencé à se forger. Et c’est pas faute d’avoir exercé dans une maternité réputée pour son respect de la physiologie, attachée à ses valeurs d’accompagnement des couples… Et bien, pour être honnête, j’ai pas bien vu la différence d’avec tout ce que j’ai pu voir et faire pendant mes études là-haut, au Pays de la Frite. Les ballons, les baignoires, la mobilisation, la marche pendant le travail… J’ai « baigné » dans cet environnement pendant 4 ans, alors ça ne me paraissait pas plus novateur que ça… Mais je m’égare. Il y a eu un staff où ça a râlé pour être polie. Une jeune femme accueillie très avancée dans son travail, qui a finalement accouché aidée de forceps, pour non progression du bébé. Ce n’était noté nulle part dans le dossier ( je l’ai décortiqué après parce que durant cette demie-heure, j’ai eu l’impression d’être débile et d’avoir loupé l’info du siècle) mais l’étiquette « accouchement à domicile » est sortie. La sage-femme en a pris pour son grade mais elle n’était pas là hein, c’est tellement plus facile. La femme aussi, elle était devenue celle-qu’a-voulu-accoucher-chez-elle-mais-qui-a-quand-même-bien-eu-besoin-qu’on-l’aide… Bref, je suis petit à petit rentrée dans le moule et ai commencé à penser, intégrer que l’hôpital est plus sécuritaire et qu’elles (sages-femmes et femmes) se mettent en danger. Le nom de la sage-femme était connu comme le loup blanc. Et ironie de l’histoire, elle conseillait à ses patientes de ne pas mentionner leur projet d’AAD , afin de pouvoir avoir leur dossier d’ouvert et consultation d’anesthésie dans notre maternité, qu’elle « estimait être l’alternative la plus douce au domicile »… Qu’est-ce qu’on a été con de ne pas ouvrir les yeux…

Et puis il y a la nuit où j’ai eu le mauvais rôle. Celui de briseuse de rêve. D’un couple avec un projet préparé, peut être trop idéalisé je ne sais pas. La naissance de cet enfant a été violente, physiquement, émotionnellement. J’avoue avoir pesté contre la sage-femme de nous l’avoir « larguée », sans infos autre que celles données par cette femme et son mari , à dose homéopathique tant leur capacité d’adaptation était malmenée. J’ai appelé la sage-femme le lendemain, ai parlé à son répondeur, deux fois, puis ai lâché l’affaire. Au passage du dossier au staff, je me suis déconnectée du lynchage en règle qui se déroulait sous mes yeux et mes oreilles. Et j’ai eu mal. Pour eux, pour la sage-femme et pour moi, pour mes collègues. Comment peut-on se gargariser d’une telle ouverture d’esprit si on ne peut même pas entendre le besoin d’accoucher « en dehors des clous »?

J’ai commencé à évoluer, sans pour autant devenir une « pro » mais je me sensibilisais doucement et sûrement, prenant du recul sur l’opinion que j’avais mais qui était finalement celle qu’on attendait de moi.

Et je suis passée de l’autre côté de la barrière. J’ai eu des enfants. J’ai bénéficié d’un accompagnement global avec accouchement en plateau technique, une aventure extraordinaire. Mais surtout, j’ai laissé tombé la sage-femme que j’étais pendant cette période, je ne me suis concentrée que sur mon devenir parent, en ai côtoyé d’autres, impliqués, militant pour le respect du choix.

Je ne me sens pas professionnellement capable d’accompagner des naissances à domicile, et je ne sais pas si je le serai un jour, tout du moins si les conditions restent stationnaires (pas d’assurance et une stigmatisation des sages-femmes et des couples). Mais je suis maintenant convaincue du bien fondé de leur pratique, intégrée dans un partenariat bienveillant couple-femme/sage-femme/hôpital.

Et c’est cela qu’il faut préserver, permettre à chacun d’accéder à ce qu’il lui convient pour la naissance de son enfant. Toutes les manoeuvres mises en place rendront implicitement l’accouchement à domicile inaccessible.

Ou illégal…

Vous vous y voyez, vous, incarcérée pour avoir simplement fait valoir votre droit au choix?

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