Le 5 mai célèbre la Journée Internationale de la Sage-femme.

Partout dans le monde, des femmes deviennent mères, des enfants naissent. Leur santé nous tient à coeur, de même que leur bien-être émotionnel. Partout dans le monde, les conditions entourant cet événement peuvent être difficiles, chacune à leur échelle.

L’International Confederation of Midwives souligne le rôle essentiel des sages-femmes auprès des femmes. Pour appuyer l’appel de l’ICM, dix blogueuses et blogueurs sage-femme ont imaginé un monde où leur profession n’existerait pas…

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Je vois bien l’oeil malicieux de la secrétaire quand je viens récupérer mes résultats. Elle semble n’attendre que ça, découvrir mon visage radieux à leur lecture. Parce que vu sa tête, même pas besoin de l’ouvrir cette enveloppe. Et puis, c’est pas comme si c’était la première fois que je lis les résultats d’un test de grossesse. Je fais ça tous les jours, toutes les heures. Parfois aussi dire que non, justement, c’est négatif. Encore. Mais là, c’est de moi qu’il s’agit. De nous plutôt. Je suis belle et bien enceinte.
Je vais être mère.
Et je suis morte de trouille.
Passer la grande entrée de l’hôpital n’a plus rien de théâtral  mais aujourd’hui, je semble plus sensible à ces odeurs si familières, si typiques des grandes structures. Je me dirige, comme chaque matin vers mon bureau. Ils sont déjà trois, trois couples qui attendent plein d’espoir LA bonne nouvelle. Je déteste ça quand ils arrivent avant moi, d’autant plus maintenant que j’ai l’impression d’avoir un gyrophare à la place du nombril. Personne ne sait. Sauf moi bien sûr, et la secrétaire au regard malicieux. Et le biologiste aussi. Ca fait déjà pas mal de monde. Je ne sais pas si je dois le dire au monde entier ou patienter, je suis partagée… Il faut d’abord que je m’occupe d’organiser mon suivi, c’est une obligation légale, d’autant que le biologiste a certainement déjà déclaré ma grossesse. C’est évident, j’appelle mon médecin traitant, il me connait depuis mes premières couettes, et surtout, il devance mes interrogations. C’est parfait , sa secrétaire m’a dégoté un rendez-vous pour lundi prochain… l’avantage d’être une cliente fidèle!
La journée se passe sans heurts, entre consultations de bilans de fertilité, 2-3 ponctions et 4 implantations d’embryons. Et ces 3 couples sont tous repartis avec leur bonne nouvelle.  Au début de mon internat, je ne réalisais pas combien cela deviendrait presque une dépendance, cette capacité à rendre des couples parents, à contrôler ce que certains considèrent comme le bien-fondé de notre présence sur Terre : la reproduction. Je ne sais plus, mais je crois bien avoir entendu/utilisé ce terme près d’un million de fois.
Mon amoureux est aux anges, bien évidemment, il prévient la terre entière avant que j’aie dit ouf. Au moins, plus la peine de me torturer l’esprit à ce sujet. Demain, nous irons voir Mamie à la maison de retraite. Avec son Alzheimer, elle aura une explosion de joie à peu près tous les quarts d’heure, à chaque « nouvelle » annonce. Il faut quand même qu’il y ait certains avantages à cette foutue maladie. Et puis, ça fera passer le temps plus rapidement d’ici lundi, j’ai hâte de tout valider, terminer le premier test!
Dimanche soir. Je n’ai pas faim. Je n’arrive pas à dormir. Je réfléchis. Après la 17ème annonce (ou à peu près), Mamie m’a dit :  » ne te fais pas accoucher, ACCOUCHE! »
Bien évidemment que je vais accoucher. Toutes les femmes accouchent. C’est la fin de toute grossesse. Je ne comprends pas. Et ça m’énerve.
J’arrive un peu en avance à mon entretien, comme toujours. J’en profite pour écumer la presse people. Je suis surprise de sa tête quand il vient me chercher. Je suis enceinte. C’est une bonne nouvelle. Non?
Il ne peut pas me suivre, je le sais pourtant, la fertilité, la grossesse, c’est mon domaine. Je devrai le savoir que je dois aller voir un spécialiste. Il doit bien y avoir 2-3 personnes en qui j’ai confiance à l’hôpital? Ben justement, non. Enfin, si. Mais pas pour ça. Pas pour moi. Pour moi comme ça. Il voit, il comprend, me donne des coordonnées.
Re-secrétaire. Re-entretien la semaine prochaine. En attendant, je ne sais toujours pas si je l’ai réussi ce fichu test…
La semaine est longue, ma concentration se disperse, la moindre odeur me soulève l’estomac. Est-ce que c’est normal? Et puis, cette envie incessante d’aller uriner… moi qui pouvait enchaîner 3 blocs sans pause…. Dans une semaine je saurai, le spécialiste m’expliquera tout.
J’arrive un peu en avance, comme toujours. Pas de presse people cette fois mais des manuels d’anatomie féminine, d’autres de la « physiologie du nouveau-né » et quelques dictionnaires de prénoms.
Il (elle? La porte s’est ouverte si vite que je n’ai pas eu le temps de trancher) ouvre la porte, repart dans son cabinet. Je suis seule en salle d’attente, je suppose que c’est pour moi. A peine mon sac posé sur une chaise que les mots « vêtements : là , vous : là , pied gauche là , pied droit là  » défilent en même temps qu’il (j’ai tranché) me désigne la table d’examen . Je ne suis pas du genre logorrhéique mais  je me présente au moins à mes patientes , enfin, je leur dit que je suis le médecin quoi. Bon bon bon, je suis donc à poil sur une table. Il est tout habillé sur son fauteuil en cuir derrière son bureau. Je ne suis pas pudique mais bon…
« Identité – Date de naissance- Poids- Taille- Antécédents Médicaux – TOUS- date des dernières règles et rapport fécondant » défilent . Ah, donc ce premier test concerne la mémoire. Ca devrait aller. Si je suis bien la procédure, j’aurai les réponses à mes questions.
S’en suit l’examen physique, rien d’extraordinaire, j’ai l’habitude, je fais ça tous les jours.
« Tout va bien. Pas de questions. « , alors que je remets mes chaussettes.
«  Si justement, je me demand… »
«  C’était pas une question. Tout va bien donc pas de questions.  A dans un mois. »
Je réalise que 9 mois, ça va être long. Parce que forcément j’en ai des questions. Ah c’est sûr, pas de celles que l’on pose dans une thèse de médecine mais elles sont là quand même.
Parce que forcément, je m’occupe des autres, tout le temps, mais à qui je vais les poser mes questions hein? Mon amoureux? Faut déjà qu’il trouve les réponses aux siennes alors… Les copines? Elles feront comme toutes les autres avant… Motus et bouches cousues… Resterait bien la Mamie mais faut cadrer dans les minutes de lucidité et c’est pas gagné…
Et puis, c’est vrai, maintenant, l’anesthésiste pose le cathéter de péridurale en préventif lors de la consultation du 7ème mois de grossesse. Mais je fais quoi moi si il bouge le cathéter? Si les doses ne me sont pas adaptées? Je les gère, comment moi,  les contractions? Hein?
Et puis, même si maintenant les recommandations internationales soutiennent l’alimentation au lait maternel au biberon, j’ai envie qu’il aille au sein ce bébé. Mais qui va m’aider? M’expliquer? Personne s’est dit que ce serait plus simple de les mettre au sein à la place de tout le tralala tire-lait, biberons, tétines et compagnie???
J’ai envie de pleurer. NON, tout ne va pas bien.
Ah je sais, à défaut de Mamie, je vais demander à ma patiente demain. Elle vient pour le  résultat de grossesse pour son deuxième enfant.
Elle pourra bien m’expliquer elle non? Après tout ce que j’ai fait pour elle, c’est la moindre des choses.
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