Je tournais en rond depuis quelques semaines. J’y vais. J’y vais pas.

Et aujourd’hui, l’article de trop. Il faut dire, Mme Buisson, que votre stratégie de communication est à la limite de la perfection. Je dois bien vous reconnaître cette qualité là. Vous maniez le verbe avec tant de facilité et une adaptation digne d’un caméléon qu’on pourrait presque vous admirer. Passant d’articles bien phrasés et construits à un langage plus franc et direct,voire vulgaire, histoire de ratisser large question audience. Et puis, le fond qui ne change pas. Taper, toujours taper. Sur les sages-femmes en particulier. Et nous devrions nous laisser faire?

A vous lire, vous défendez bec et ongles la médecine en secteur public, et ses principales bénéficiaires dans notre domaine, les femmes. C’est d’ailleurs pour ça que Charlie Hebdo a tenu à vous publier. Cet argument appuie sa valeur quand vous abordez les maisons de naissance et les dépassements d’honoraires certains pratiqués par les sages-femmes. Dois-je vous rappeler les tarifs que vous-même appliquez au sein de votre cabinet libéral ? Et, pour la « petite » info, les sages-femmes de cette maison de naissance sont salariées… Vous vous attaquez également au morcellement du suivi (et pas qu’en gynécologie et obstétrique), à la réduction des individus au simple organe visé et regrettez que «  la personne n’est pas prise en compte dans sa globalité« .   Or,  l’essence même de ces lieux, et de notre métier de sage-femme est la globalité. Accompagner la femme, le couple, au cours de sa grossesse, voire, je suis d’humeur audacieuse ce soir, dans son projet de grossesse. Assurer les séances de préparation à la naissance, être présent lors de l’accouchement, assurer les visites de suivi à domicile après leur retour de la maternité, accompagner le chemin vers la parentalité, terminer par la consultation post-natale et les séances de rééducation périnéale. Et dans nos rêves les plus fous de sage-femme, cela serait possible quelque soit le lieu choisi par la femme pour accoucher. Donner cette possibilité aux futurs parents de CHOISIR de façon éclairée ce qui leur convient le mieux, ou ce qui est réellement adapté à la situation médicale de la femme et du bébé, entre le domicile, les maisons de naissances et enfin l’hôpital.

Mais Vous savez mieux qu’elles ce qui est bon, important, nécessaire . Et pour cela vous êtes même prête à mentir. Oser prétendre que les sages-femmes des maisons de naissance refusent d’accéder à une demande de péridurale est totalement FAUX. Si elle s’avère nécessaire, un transfert est organisé vers la maternité-partenaire (qui, puisque nous sommes en France, est accessible par un ascenceur ou un couloir). La parturiente est alors prise en charge par l’équipe de la maternité, dont l’anesthésiste et, toujours, une sage-femme (oui, nous sommes partout). Transfert qui peut aussi avoir lieu sur demande de la sage-femme de la maison de naissance, qui, en professionnel formé, autonome et conscient de ses limites, estime qu’une médicalisation est nécessaire au bon déroulement de la naissance. Effectivement, nous ne sommes pas médecin,ni généraliste, ni gynécologue ni obstétricien. Et ne souhaitons pas le devenir. Mais nous savons quand il est utile et dans l’intérêt de la femme de passer la main, parce que nous passons du temps avec nos patientes, beaucoup de temps. Non pas pour les formater, leur mettre la pression mais pour les écouter, les accompagner dans leur globalité et  faire en sorte qu’elles aient toutes les cartes en main pour décider. Peut-être est-ce cette notion de partenariat qui vous gêne , en plus du fait que nous « n’ayons pas franchement de compte à rendre ». Cependant, la collaboration et la bonne entente avec nos collègues médecins nous est essentielle, toujours pour le bien-être de nos patientes et du nôtre!

Autre mensonge révélateur de votre ignorance (je m’avance peut être , mais ne le faites-vous pas continuellement?) sur le suivi des femmes et de leur bébé à domicile après la sortie de la maternité. Il semblerait qu’une vaste machination à l’encontre des jeunes mères et des nouveaux-nés se soit jouée à l’insu de tous, patients, professionnels. Le PRADO vise les patientes qui ne relèvent pas de la sortie précoce mais bien à partir du 3ème jour de vie du bébé. Et, surtout ne le répétez à personne, les visites à domicile par les sages-femmes, ça existait  AVANT le PRADO. Et, autre scoop, tous les hôpitaux  et sages-femmes n’y adhèrent pas puisqu’ils travaillent déjà en co-lla-bo-ra-tion les uns et avec les autres depuis de nombreuses années.  Sages-femmes respectant les tarifs conventionnels de la CPAM, alors on ne peut pas franchement parler de secteur privé. Mais je vous accorde que les coûts engagés par cette institution diffèrent franchement entre une journée d’hospitalisation et la visite, bien souvent d’1 bonne heure, de la sage-femme. Renouvelée selon besoin médical, soutien psychologique, père, mère et/ou bébé. Et puisque que vous accordez tant d’importance aux chiffres , la montée laiteuse, ce n’est pas obligatoirement au 3ème jour (le corps humain est une merveilleuse machine, mais chacune a son propre rythme) les visites se cantonnent parfois au nombre de deux, souvent plus. Et s’il vous plait, arrêtez vos sous-entendus sur l’incompétence des sages-femmes et leur responsabilité dans l’augmentation des ictères nucléaires (dont l’incidence est de l’ordre de 1 cas pour 100000 naissances annuelles  en Europe) « parce que les nouveaux-nés étaient surveillés« .

Ce qui me désole, et, presque m’attriste le plus, c’est que vous êtes totalement déconnectée du processus physiologique d’un accouchement, et du vôtre tout particulièrement. Comment pensez-vous pouvoir défendre les femmes, vous battre pour elles, leur santé, en omettant ce moment si particulier de leur vie?  Je vous invite  à lire le précieux « J’accouche bientôt, que faire de la douleur? » de Maïtie Trélaün. Alors, sans vous dévoiler la fin hein, ça parle quand même un peu de la douleur… Parce que vous parlez bien de la naissance, du bébé mais quid de la femme? A part brandir l’utilisation de l’analgésie péridurale comme L’Elément indispensable d’un accouchement réussi, vous intéressez-vous aux envies, besoins des femmes? Parce que toutes ces petites choses, si anodines soient-elles pour vous, et bien , c’est chez nous, les sages-femmes que les mots et les larmes sortent. Et vous pouvez prétendre le contraire mais pour qu’il y ait une naissance, il y a un accouchement. Un bébé, « par en haut, par en bas »  a donc besoin de sa mère pour naître et je vous avoue que l’attente au ryhtme des lignes d’un roman m’interpelle. D’ailleurs, lequel avez-vous lu pendant votre accouchement euh, pardon la naissance de votre fils puisque  » le seul sens, c’est la sortie du bébé, la naissance« ?

Pour conclure, quitte à être caricaturale,  je trouve qu’il ne manque qu’un dessin parmi tous ceux qui illustrent vos propos : pourquoi pas, pour rajouter à l’insulte, une sage-femme coupant le cordon ombilical avec ses dents ?

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