De comment on s’organise mieux là bas. Ou ici.

Un jour, faut bien se lancer et y aller.

Passer le cap de ça-y-est-je-suis-diplômée-même-pas-peur-je-vais-travailler-comme-une-grande-TOUTE-SEULE-priez-pour-moi.

Et surtout devenir autre chose que la diplômée-du-Pays-de-la-frite. Parce que mine de rien, « l’odeur de graillon » peut coller longtemps au pyjama de bloc.

Je dois avouer avoir été plutôt chanceuse sur ce point. Peut-être (sûrement?) que mes boulots d’été en tant qu’aide-soignante, puis faisant fonction sage-femme dans des hôpitaux français ont amélioré mon CV.  (En vrai, mon CV n’était RIEN sans mes superbes lettres de motivation). Ou peut-être ai-je vite trouvé ma place au sein de cette équipe qui m’a accueillie et dont la simple évocation transformait les yeux de mes collègues de promo en ciel étoilé… Beaucoup n’ont pas eu ma « chance », ont  vraiment galéré, ne serait-ce que pour décrocher un entretien,  au même titre que les jeunes diplômés actuels, mais pour des raisons bien différentes…

Et contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, à ce que je m’étais imaginé, ce ne fut pas la « différence de niveau » avec mes collègues formées en France qui a représenté la plus grosse difficulté pour moi*.

Mais plutôt l’organisation des soins.

Fractionnée. Interrompue. A chacun(e) sa tâche.

Bien évidemment, les compétences de chaque intervenant(e) l’amène à pratiquer tel ou tel geste technique, accompagnement qu’un(e) autre n’est pas capable de faire car ce n’est pas son métier. Mais tout de même.

Je ne suis plus diplômée d’hier, suis maintenant considérée comme une moyennement vieille avec mes 10 ans d’exercice. La situation des maternités au Pays de la Frite a peut-être évolué. Vous me le direz.

Ce qui m’a le plus frappé , ce sont les sonnettes. Ces petits instruments permettant au patient d’appeler sans bouger de son lit un membre de l’équipe soignante. Tous les étudiants sages-femmes/infirmiers/auxiliaires de puériculture/aide-soignant le savent: répondre aux sonnettes, c’est LA tâche qui leur est dévolue. Et je n’ai jamais tant répondu aux sonnettes… qu’une fois diplômée.

J’ai été formée sur la base du « nursing intégré » : entendez par là qu’autant que possible, une seule personne, sur le temps de la garde, s’occupe du/ de la patient(e). Et en regroupant les soins. Je sais que les infirmiers, dans les services français, exercent un peu plus dans cette dynamique. Mais dans les services d’obstétrique , beaucoup moins. Au Pays de la Frite, en suites de couches (le service d’hospitalisation après l’accouchement), il y avait une armada de sages-femmes et cela donnait des temps de transmissions dignes d’un staff! Chaque sage-femme avait à sa charge en moyenne 5-6 couples mère-enfant  et s’occupait exclusivement d’eux. J’ai donc été très déstabilisée en commençant en suites de couches en France, par le ballet de chacun et les différents « tours »  (lire sans faire de pause, hein parce qu’on a pas le temps de faire des pauses à l’hôpital): celui de l’agent de service hospitalier qui donne le petit déjeuner-l’aide soignante qui prend la tension et la température-l’infirmière qui passe donner les traitements prescrits et effectuer les soins de paroi (cicatrices), de voie veineuse périphérique (perfusion)-l’auxiliaire de puériculture qui vient aider les parents pour faire le bain, peser le bébé (sauf si cela s’effectue en nurserie commune, également bureau des auxiliaires et des puéricultrices,  espèce de grande salle de bain où les parents les retrouvent pour les bains **)- l’agent de service qui récupère le plateau / faire le ménage de la chambre – l’aide soignante et l’infirmière qui repassent pour faire le lit – la sage-femme (enfin!) qui (elle aussi) fait son tour, examine « sa » patiente, discute un peu, prépare la sortie…. Ballet reproduit +/- « à la chaîne » auprès des  15-20-25 couples mère-enfant selon la capacité du service.

Forcément, après avoir évolué pendant 4 ans dans « tu rentres dans une chambre, tu fais TOUT ce qu’il y a à faire, de sorte à ce  qu’elles sentent qu’on leur accorde du TEMPS », je me suis pris une belle claque. Alors oui, je vous vois venir, bien évidemment que dans certaines situations, des actes étaient fractionnés: celle devant recevoir son antibiotique en IV (= intraveineux) toutes les 6h avait une visite plusieurs fois par jour, ou lorsque certains protocoles de conduite à tenir s’appliquaient à la patiente. Et bien évidemment que nous retournions voir les femmes plusieurs fois par jour si besoin.

Généralement, une fois le petit déjeuner servi par l’ensemble de l’équipe (et oui, au Pays de la Frite, les sages-femmes distribuent les repas), les soins s’organisent: la sage-femme fait TOUT : le lit, les soins infirmiers potentiels, les soins au bébé, l’aide au bain, la pesée, l’accompagnement à l’allaitement, préparer la sortie… En moyenne (parce que oui, j’ai tenu des comptes horaires à une période), nous restions 45 minutes à 1h dans chaque chambre. (j’étais tout de même ravie en sortant des chambres triples). Et les femmes sonnaient très peu le reste de la journée. Certaines maternités fonctionnaient en binôme sage-femme/auxiliaire-puéricultrice (désignée  puéricultrice, les infirmières pédiatriques du Pays de la Frite étant nos infirmières puéricultrices en France), mais toujours sur le même principe et assez peu fréquemment. Ce système a bien sûr ses limites, comme le « bénéfice » qu’apporte une nurserie commune pour aller donner le bain à son bébé à son propre rythme /horaire (quoi que, je m’avance sûrement, mais je ne connais pas beaucoup de maternités où les bains sont donnés ailleurs que le matin).

 

J’étais donc complètement perdue quand j’aidais, par exemple,  une femme à mettre son bébé au sein, et voyais la puéricultrice débarquer:

« je viens faire son Guthrie »

« non mais laisse, je suis là je lui ferai ensuite »

 » ah mais non, c’est MON travail »…

Et surtout, les sonnettes sonnent, beaucoup, de façon inversement proportionnelle à notre disponibilité.

Je ne vois  honnêtement pas où est le bénéfice pour la femme et son bébé de ce type d’organisation (je tiens à préciser que je sais combien sont essentielles les puéricultrices, auxiliaires puer, aides-soignantes et infirmières. Loin de moi l’idée de déprécier leur travail) en suites de couches où les repères, discours cohérents et continus sont essentiels. Et en salle de naissance n’en parlons pas.

Cette répartition des tâches m’y a semblé encore plus violente, car s’il y a bien une période où la femme a un degré très faible de tolérance aux perturbations, c’est bien lorsqu’elle accouche!. Et point d’infirmier(ère) anesthésiste ni de brancardier dans cette maternité où j’ai commencé, pour ajouter au travail de mémoire des visages.

Mais répartition violente aussi car tellement ancrée, que j’ai (trop souvent) vu des femmes attendre d’être perfusées par l’infirmière (qui brancarde/ surveille la femme récemment césarisée/ aide une autre sage-femme à préparer mère et bébé pour le passage en suites de couches)  pour avoir leur péri, pendant que la sage-femme, qui sait perfuser hein, attend que l’infirmière le fasse, ou encore voir ces fameux Guthrie prélevés en pleine nuit, à 3h du matin « parce qu’il est né à cette heure là »…

Ce n’est pas le cas de tous les services bien sûr (et heureusement!), et une prise en charge pluridisciplinaire, lorsque nécessaire, est salvatrice (suivez mon regard vers mes collègues de PMI qui me sauvent la mise bien trop souvent) mais je suis convaincue du bénéfice d’un « défractionnement » des soins…

Je prêche pour ma paroisse me direz-vous, j’aurai probablement peut-être une vision différente si j’avais appris à travailler en fractionné.

En attendant, j’ai quitté l’hôpital, et ne travaille plus en fractionné.

 

* soyons clair, notre formation a aussi ses points forts, le fait, entre autres, qu’elle s’oriente avant tout sur la physiologie, la normalité de la grossesse et l’accouchement,  pour moi l’essence même de notre métier

** à noter qu’en 4 ans d’études, aucune maternité lieu de stage n’en disposait

L’hiver vient

L’hiver vient …. et il sera rude, malgré la fourbe douceur du moment.

Il n’en sera que plus violent, pour les couples, leurs enfants, pour les professionnels.

Tant que nous, soignants, continuerons de nous accrocher à cette « physiologie à la française », qui finalement se caractérise par l’absence d’intervention de l’obstétricien. Non, un accouchement dirigé sous péridurale, avec de l’ocytocine de synthèse en perfusion, une rupture artificielle des membranes (la poche des eaux) et une « petite » épisiotomie pour finir ne relève pas de la physiologie. Même si la sage-femme est la seule à intervenir. Non,  la  « voie basse » seule ne définit pas la physiologie d’un accouchement.

Tant que nous, soignants, continuerons de véhiculer cette notion auprès des femmes, banaliserons ces situations, les appellerons « la norme ».

Tant que nous sages-femmes, attendrons un nouveau statut pour changer notre façon d’exercer, de prendre notre place. Curieux syndrome de Stockholm qui conduit la majorité d’entre nous à courber l’échine, rentrer dans le système, être la sage-femme docile que l’on attend de nous, accepter de pratiquer des actes, poser des gestes sur des femmes qui nous sembleraient aberrants si nous étions le(la) patient(e). Gestes et actes que nous n’accepterions pas. Syndrome de Stockholm sur le point d’exploser, les portes s’ouvrent, les chaînes se rompent, les « victimes » s’échappent, dénoncent, résistent.

Mais sommes-nous les vraies victimes de cette situation? Au delà du mépris et de l’ignorance institutionnelle,  ministérielle à notre égard? Parce qu’au delà de notre place bâtarde, profession transversale, globalement habituée à rester à sa place, le véritable enjeu est celui des CONDITIONS dans lesquelles nous vivons nos grossesses (quelle qu’en soit l’issue), nous accouchons et dans lesquelles nos enfants naissent.

Tant que des récits sur l’IVG comme celui et existeront encore, tant que des femmes subiront leur accouchement, se « feront accoucher »  et tant que les soignants , sages-femmes, obstétriciens, « accoucheront » les femmes, l’hiver ne sera pas terminé.

Nous devons ouvrir les yeux. TOUS.

Nous devons arrêter de parler et agir. TOUS

Comment? Je ne sais pas , mes idées ne sont pas encore assez claires.

Mais l’hiver sera plus doux, moins fourbe.

Entre leurs mains

Se sentir à sa place, simplement là il où il faut, quand il le faut.

Vivre un moment de grâce, sans artifice.

C’est ce que j’ai ressenti hier soir, tout le long de cette première projection d’Entre leurs mains.

Loin des préjugés sur l’accouchement physiologique, ce film est juste.

Justesse et rigueur médicale quand l’une des sages-femmes annonce clairement à sa patiente l’impossibilité de l’accompagner au bout du projet si elle ne finalise pas sa consultation d’anesthésie à la maternité, ou quand une autre organise un transfert à bon escient en cours de travail  ou lors des discussions avec les couples sur le suivi médical, la notion de risque.

Justesse et émotion tant la quiétude et la sérénité entoure ces couples dans leur devenir parents et ces enfants pour leur naissance, à mille lieux de tous ces accouchements télévisés et presque scénarisés.

Justesse militante sur le droit des sages-femmes à exercer comme elles le souhaitent, sur le droit au choix des femmes / couples à accoucher où et comment ils le souhaitent, avec, entre autres,  le témoignage très humble d’une anesthésiste.

Juste de vérité. Que l’on se prend de plein fouet. Dans les mots « il faut écouter si elle pousse » , dans les attitudes, transmissions des sages-femmes. Parce qu’elles nous mettent au pied du mur des pratiques actuelles, de ce qui est imposé aux femmes, de ce que l’on s’impose même en tant que sage-femme…

Cette justesse et cette grâce ont perduré dans les échanges d’après diffusion.

De tous jeunes sages-femmes ou étudiants sages-femmes, avec un recul et une maturité (dont je n’aurai jamais été capable au même stade!)  sur notre exercice, l’enseignement dispensé qui laisse rêveuse… et optimiste!

La réalité des « coulisses », avec les témoignages des familles des sages-femmes, de la réalisatrice, témoignages des parents, qui ont tous soulignés la difficulté d’être catalogués comme marginaux, associée à la crainte des sanctions institutionnelles pour les sages-femmes. Et là le rêve s’étiole.

Le soutien franc, énergique, impliqué de toutes les personnes présentes qui confirme pourquoi nous sommes tous là.

Les échanges avec les voisins de siège vus / rencontrés trop brièvement encore une fois (mais fort sympas !) et surtout cette phrase lancée par Jacqueline Lavillonière, qui ancre ce « personnage » dans ma réalité comme je me l’imaginais …

« N’attendons pas que l’on nous (re)donne une certaine place, PRENONS-LA »

Effectivement, femmes, hommes, futurs ou déjà parents,  sages-femmes, notre avenir est entre nos mains.

 

Pour se faire une idée plus large et éclairée : les avis de  Jimmy, Ambre et La Poule Pondeuse !

Fiction-Réalité

  • Plan Large. Entrée de la maternité WorldPhysio. Sirènes des pompiers audibles au loin.
  • Plan resserré. Bureau des sages-femmes. 

C’est Thérèse qui répond au téléphone alors qu’elle passait simplement vérifier le dossier de sa patiente installée en salle Nouméa. La garde est calme, 3 femmes en travail. 3 sages-femmes. Le pied, il est l’heure du thé et elles vont en profiter, c’est devenu trop rare. En plus, elle est de garde avec Catherine, elles sont arrivées en même temps à WorldPhysio, il y a maintenant 1 an et demi. Embauchées quelques semaines après le diplôme. Pas en CDI, non, ça se mérite dans une structure pareille. Mais des CDD suffisamment longs pour faire baver d’envie les copines de promo. La troisième, c’est Gisèle. Une « vieille ». Pas à deux ans de la retraite non plus mais une décennie de présence ici, temps requis pour ce statut. Même si maintenant, elle n’est plus titulaire, l’appel du grand large l’a menée ailleurs. Mais quand elle passe par là, elle a toujours sa place pour une garde en salle. Les autres « vieilles », sages-femmes, aides-soignantes, infirmières sont toujours ravies de se retrouver entre elles. Mais Thérèse et Catherine n’ont pas à se plaindre, le compagnonnage perdure encore. Un peu.

  • Plan double : entrée de WorldPhysio, véhicule des pompiers garé sur la place ambulance / salle de naissance , SF 1 (Thérèse) de dos, au téléphone

« Quoi, elle pousse ? ne la bougez pas, je descends avec une collègue. NE LA MONTEZ PAS! »

  • Voix off , doucereuse : sages-femmes, médecins, pompiers, habitués à gérer l’urgence, le stress, se tiennent sur le qui-vive en permanence, assurant la survie des mères et de leurs enfants. 
  • Plan resseré : porte d’entrée du service. Ouverture de la porte, les pompiers poussent un brancard, seuls les cris de la femme sont audibles.
  • Plan large : salle Basse-Terre, les pompiers partent, la femme est sur la table d’accouchement, SF1 (Thérèse) , SF2 (Catherine), aide-soignante (Josiane) et agent de service (Garance) autour de la femme, essayent de la maintenir

« Calmez-vous Madame, on doit vous mettre la perfusion, arrêtez de bouger »

« maaaallll, femme-saze, maaaaaaaaal femme-saze, aide , aide moi »

« Je vais chercher son dossier » prévient Garance

Catherine sort et prépare un pack d’accouchement, Thérèse et Josiane sont toujours en train d’essayer de poser une perfusion.

  • Plan serré: poste de soins. Gisèle prépare un médicament pour sa patiente. Elle discute avec Garance. Sons inaudibles
  • Plan serré : caméra fixe, pièce « débriefing » : 

« Elles sont déjà quatre autour d’elle, cette femme a déjà eu l’équipe des pompiers autour d’elle, ça fait suffisamment de visages inconnus en si peu de temps non? Mais j’suis curieuse, et j’entends que ça crie, et que ce n’est pas que la femme qui crie. Thérèse ou Catherine? J’en sais rien laquelle des deux lui a crié dessus, je m’en fiche. Mais j’ai décidé d’y aller après avoir vu le regard de Garance »

  • Plan large : entrée de la salle Basse-Terre. SF3 (Gisèle) reste à l’entrée, porte entrouverte. Pas de visuel sur l’intérieur de la salle. temps total : 1minutes 45 sec. Coupé au montage et réduit à 12 sec. 

« Bonjour, je m’appelle Gisèle. De quoi avez-vous besoin? »

« Comprends pas femme-saze, maaaaaaaaal , aide »

 » Tu nous aides ou pas à la poser sa perf? Elle a pas fait son bilan du 9ème mois, elle a pas de plaquettes et sa dernière num’ est dans les chaussettes. Tiens-la ou sors »

« Comment vous vous appelez? Moi, Gisèle. Et toi? »

« Mariam, maaaaaal, maaaal »

« d’accord Mariam, tu veux pousser?  »

« Sais pas , sais pas »

« Putain Gisèle, la perf, merde quoi ».

« La perf, on lui la posera dans 10 minutes, quand son bébé sera sur son ventre. Elle a besoin d’accoucher , le reste, on verra après »

« Tu n’es plus titulaire ici »

« Et alors ?  »

« ET bien tu en assumeras la responsabilité »

« Pas de problème. Mariam, tu veux rester à 4 pattes »?

Cri rugissant comme réponse

« ben tu mets pas tes gants Gisèle? Puisque tu fais l’accouchement? »

« Non, elle tient ma main. Je ne bougerai pas de là »

Nouveau rugissement rauque, profond.

« Continue Mariam, quand tu en as besoin »

Dernier cri, mêlé aux derniers écoulements de liquide amniotique, au bébé qui naît.

  • Caméra plafond : la femme (Mariam) s’allonge, pleure, semble déconnectée. 
  • Plan d’angle : sans lâcher la main de SF3, la femme (Mariam) se retourne sur le dos, tend son bras 

 » fais, femme-saze »

 » D’accord, je vais vous mettre la perfusion, et une fois le placenta sorti, vous vous reposerez un peu »

  • Plan serré : Agent de service (Garance) aide SF3.
  • Plan serré : Bureau des sages-femmes, Thérèse et Catherine boivent un thé.
  • Plan d’angle : Porte de la salle Basse-terre, SF3 en sort, visuel rapide sur l’intérieur, la femme (Mariam) sourit. 

Voix off : le personnel médical met tout en oeuvre, de jour comme de nuit, pour assurer la sécurité de ses patientes. Même si, parfois, ces « sauveurs » ne sont pas toujours entendus. 

Ce récit pourrait aisément être la trame d’une de ces nombreux programmes de télé-réalité orientés sur la maternité, l’obstétrique.  Il ne s’agit pas d’une fiction, mais d’une garde que j’ai vécue, il n’y a pas si longtemps. Reflet que certains actes effectués sont malheureusement dans l’automatisme, au détriment de la relation humaine avec les femmes, leurs compagnons, leurs enfants. Et ce n’était pas à PathoLand, mais bien à WorldPhysio. Je vous laisse deviner derrière qui je me cache : Thérèse, Catherine ou Gisèle?

Bien évidemment que nous avons discuté ensuite de pourquoi chacune a pris telle décision lors de cette naissance. C’était important. Pour Mariam. Et finalement, personne n’a mis de gants, Mariam l’a accueillie de ses mains.

Evolution

Depuis quelques jours, je guette ma boîte aux lettres.

Encore rien, le fameux courrier n’arrive pas. Il semble que mon Conseil Départemental de l’Ordre prenne son temps. Je suis pourtant prête à la donner ma réponse, solidaire de mes collègues  concernés.

La question de l’accouchement à domicile a toujours divisé, et continuera. Mais la chasse aux sorcières qui s’organise (et savamment expliquée, comme à l’accoutumée,  par 10 lunes) menace directement cette pratique professionnelle et le libre choix qui lui est associé, celui pour une femme, un couple de définir le lieu qui leur est le plus adapté. Cette liberté est déjà compromise par le faible nombre de sages-femmes le proposant, associée aux difficultés que parents et sages-femmes rencontrent pour établir un partenariat médical avec une structure hospitalière en cas de nécessité de transfert. Ils sont en marge de la norme obstétricale , et l’assumer , face aux autres soignants, à l’entourage familial, professionnel, relève presque de l’acte militant. Parce qu’au coeur d’un débat aussi passionnant, les arguments des uns et des autres s’affrontent, se dominent et il n’en ressort souvent que les extrêmes , les « anti » et les « pro » n’arrivent même plus à s’écouter.

Mais la conjoncture actuelle est largement en faveur des « anti ».

J’ai pour ma part évolué concernant les naissances à domicile. Ou pas tant que ça, tout dépend d’où vous voulez partir…

Pendant mes études, je ne crois même pas avoir cherché à en avoir une, d’opinion. J’ai bien effectué un chouette stage avec une super sage-femme libérale, elle-même associée à une sage-femme pratiquant les AAD. Mais prise dans la routine scolaire, je ne me suis pas attardée dessus.

Et puis mon opinion a commencé à se forger. Et c’est pas faute d’avoir exercé dans une maternité réputée pour son respect de la physiologie, attachée à ses valeurs d’accompagnement des couples… Et bien, pour être honnête, j’ai pas bien vu la différence d’avec tout ce que j’ai pu voir et faire pendant mes études là-haut, au Pays de la Frite. Les ballons, les baignoires, la mobilisation, la marche pendant le travail… J’ai « baigné » dans cet environnement pendant 4 ans, alors ça ne me paraissait pas plus novateur que ça… Mais je m’égare. Il y a eu un staff où ça a râlé pour être polie. Une jeune femme accueillie très avancée dans son travail, qui a finalement accouché aidée de forceps, pour non progression du bébé. Ce n’était noté nulle part dans le dossier ( je l’ai décortiqué après parce que durant cette demie-heure, j’ai eu l’impression d’être débile et d’avoir loupé l’info du siècle) mais l’étiquette « accouchement à domicile » est sortie. La sage-femme en a pris pour son grade mais elle n’était pas là hein, c’est tellement plus facile. La femme aussi, elle était devenue celle-qu’a-voulu-accoucher-chez-elle-mais-qui-a-quand-même-bien-eu-besoin-qu’on-l’aide… Bref, je suis petit à petit rentrée dans le moule et ai commencé à penser, intégrer que l’hôpital est plus sécuritaire et qu’elles (sages-femmes et femmes) se mettent en danger. Le nom de la sage-femme était connu comme le loup blanc. Et ironie de l’histoire, elle conseillait à ses patientes de ne pas mentionner leur projet d’AAD , afin de pouvoir avoir leur dossier d’ouvert et consultation d’anesthésie dans notre maternité, qu’elle « estimait être l’alternative la plus douce au domicile »… Qu’est-ce qu’on a été con de ne pas ouvrir les yeux…

Et puis il y a la nuit où j’ai eu le mauvais rôle. Celui de briseuse de rêve. D’un couple avec un projet préparé, peut être trop idéalisé je ne sais pas. La naissance de cet enfant a été violente, physiquement, émotionnellement. J’avoue avoir pesté contre la sage-femme de nous l’avoir « larguée », sans infos autre que celles données par cette femme et son mari , à dose homéopathique tant leur capacité d’adaptation était malmenée. J’ai appelé la sage-femme le lendemain, ai parlé à son répondeur, deux fois, puis ai lâché l’affaire. Au passage du dossier au staff, je me suis déconnectée du lynchage en règle qui se déroulait sous mes yeux et mes oreilles. Et j’ai eu mal. Pour eux, pour la sage-femme et pour moi, pour mes collègues. Comment peut-on se gargariser d’une telle ouverture d’esprit si on ne peut même pas entendre le besoin d’accoucher « en dehors des clous »?

J’ai commencé à évoluer, sans pour autant devenir une « pro » mais je me sensibilisais doucement et sûrement, prenant du recul sur l’opinion que j’avais mais qui était finalement celle qu’on attendait de moi.

Et je suis passée de l’autre côté de la barrière. J’ai eu des enfants. J’ai bénéficié d’un accompagnement global avec accouchement en plateau technique, une aventure extraordinaire. Mais surtout, j’ai laissé tombé la sage-femme que j’étais pendant cette période, je ne me suis concentrée que sur mon devenir parent, en ai côtoyé d’autres, impliqués, militant pour le respect du choix.

Je ne me sens pas professionnellement capable d’accompagner des naissances à domicile, et je ne sais pas si je le serai un jour, tout du moins si les conditions restent stationnaires (pas d’assurance et une stigmatisation des sages-femmes et des couples). Mais je suis maintenant convaincue du bien fondé de leur pratique, intégrée dans un partenariat bienveillant couple-femme/sage-femme/hôpital.

Et c’est cela qu’il faut préserver, permettre à chacun d’accéder à ce qu’il lui convient pour la naissance de son enfant. Toutes les manoeuvres mises en place rendront implicitement l’accouchement à domicile inaccessible.

Ou illégal…

Vous vous y voyez, vous, incarcérée pour avoir simplement fait valoir votre droit au choix?

Ma première fois

Il paraît qu’il faut faire un voeu la première fois. J’y pense rarement. Parce qu’il y en a tellement eu…

La première fois où j’ai posé mes mains sur un périnée, pour de vrai, le tout premier accouchement. Durant lequel l’équipe s’est plus souciée de mon confort et bien-être que de cette femme accueillant son premier enfant. Mais, trop très concentrée sur mes gestes, je ne m’en suis rendue compte que plus tard, trop tard.

Le premier faire-part à mon nom,  que l’équipe de la maternité a eu la gentillesse de faire suivre à mon école.

La première fois où je me suis demandée comment , pourquoi traiter les femmes comme ça? 

La fois où j’ai vomi en garde, parce qu’entendre une sage-femme dire « non mais, vraiment, c’est quand même sa 3ème inversion utérine depuis le début de l’année, il serait temps de le virer », après que le médecin sorte du bloc la queue entre les jambes et se pose fièrement devant le mari « votre femme est vivante, elle a eu de la chance que JE sois là ».

Il y a eu celle où, en 3ème année j’ai intubé un bébé, tout frais, enfin, pas tout à fait, parce que pédiatre à domicile et sage-femme bloquée : « je ne sais pas faire et toi? » Merci le TP de réa pédiatrique la semaine précédente.

La première équipe à être dans un vrai projet pédagogique et formateur vis à vis des étudiants sage-femme, externes en médecine, internes. 4 semaines de remises en questions, de doutes, à en baver. Et y repenser en souriant.

Et puis la première (et la seule hein!)  fois où j’ai reçu un prix. Qui m’a permis de dire tout ce que j’avais sur le coeur sur la direction de cette école. Alors qu’ils attendaient un merci.

La première garde, enfin la veille de la première garde une fois diplômée. Où je me dis que j’aurais mieux fait de commencer par une nuit, puisque de toute façon je ne dors pas.

La première garde avec la super copine de promo, où on se dit qu’on va s’éclater. En vrai non.

La première fois où une femme m’a appelée «  petite blanche ».

La première rencontre avec le conseil de l’ordre, où l’on m’a fait comprendre que je suis une « sous sage-femme », et que vu mon diplôme, je ne peux pas aller travailler ailleurs que dans cette maternité là. J’ai failli les croire.

Le premier déclenchement que j’ai refusé de faire, parce que non justifié médicalement, avec une patiente qui ne le souhaitait pas, mais un médecin « mais écoute, je vais la convaincre, on a peu de patientes aujourd’hui, autant en profiter ».

La première fois où j’ai pleuré avec un couple, parce que non, on ne fait pas le plus beau métier du monde.

Et puis celle où j’ai cru être dans une série médicale, avec l’interne draguant l’étudiante sage-femme pendant que sa co-interne est en repos de garde. Co-interne étant aussi sa femme.

Les première fois que je me suis laissée guidée par les femmes, debout, à 4 pattes, dans l’eau…

Et puis quand la mauvaise nouvelle, cette fois, était pour moi, pour nous.

Le premier staff auquel je me suis rendue la peur au ventre, parce que durant la garde j’ai « affronté » le chef , remettant en cause sa conduite à tenir non appropriée.

La première fois où ma collègue m’a tenue la main en glissant un « shhh, regarde, ne touche pas ». 

Le premier papa « people », où vraiment, j’ai mis du temps à comprendre pourquoi je le (re)connaissais lui et pas sa femme…

La première consultation au cabinet, tout est prêt, je suis en avance, très en avance. Et pas du tout nerveuse. Du tout.

Le premier accompagnement conjoint avec la PMI. Une belle rencontre.

Le premier « ah, c’est ma sage-femme ».

La première rupture avec une patiente. Ca a été… compliqué.

La première immersion dans la blogosphère, classiquement par Jaddo, puis 10lunes.

La première fois sur Twitter, puis la première IRL, avec la sensation d’une rentrée d’école, attendue et (un peu) redoutée!

Et enfin tous ces moments, si uniques qui font que les journées se suivent mais ne se ressemblent pas!

Un monde sans sage-femme

Le 5 mai célèbre la Journée Internationale de la Sage-femme.

Partout dans le monde, des femmes deviennent mères, des enfants naissent. Leur santé nous tient à coeur, de même que leur bien-être émotionnel. Partout dans le monde, les conditions entourant cet événement peuvent être difficiles, chacune à leur échelle.

L’International Confederation of Midwives souligne le rôle essentiel des sages-femmes auprès des femmes. Pour appuyer l’appel de l’ICM, dix blogueuses et blogueurs sage-femme ont imaginé un monde où leur profession n’existerait pas…

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Je vois bien l’oeil malicieux de la secrétaire quand je viens récupérer mes résultats. Elle semble n’attendre que ça, découvrir mon visage radieux à leur lecture. Parce que vu sa tête, même pas besoin de l’ouvrir cette enveloppe. Et puis, c’est pas comme si c’était la première fois que je lis les résultats d’un test de grossesse. Je fais ça tous les jours, toutes les heures. Parfois aussi dire que non, justement, c’est négatif. Encore. Mais là, c’est de moi qu’il s’agit. De nous plutôt. Je suis belle et bien enceinte.
Je vais être mère.
Et je suis morte de trouille.
Passer la grande entrée de l’hôpital n’a plus rien de théâtral  mais aujourd’hui, je semble plus sensible à ces odeurs si familières, si typiques des grandes structures. Je me dirige, comme chaque matin vers mon bureau. Ils sont déjà trois, trois couples qui attendent plein d’espoir LA bonne nouvelle. Je déteste ça quand ils arrivent avant moi, d’autant plus maintenant que j’ai l’impression d’avoir un gyrophare à la place du nombril. Personne ne sait. Sauf moi bien sûr, et la secrétaire au regard malicieux. Et le biologiste aussi. Ca fait déjà pas mal de monde. Je ne sais pas si je dois le dire au monde entier ou patienter, je suis partagée… Il faut d’abord que je m’occupe d’organiser mon suivi, c’est une obligation légale, d’autant que le biologiste a certainement déjà déclaré ma grossesse. C’est évident, j’appelle mon médecin traitant, il me connait depuis mes premières couettes, et surtout, il devance mes interrogations. C’est parfait , sa secrétaire m’a dégoté un rendez-vous pour lundi prochain… l’avantage d’être une cliente fidèle!
La journée se passe sans heurts, entre consultations de bilans de fertilité, 2-3 ponctions et 4 implantations d’embryons. Et ces 3 couples sont tous repartis avec leur bonne nouvelle.  Au début de mon internat, je ne réalisais pas combien cela deviendrait presque une dépendance, cette capacité à rendre des couples parents, à contrôler ce que certains considèrent comme le bien-fondé de notre présence sur Terre : la reproduction. Je ne sais plus, mais je crois bien avoir entendu/utilisé ce terme près d’un million de fois.
Mon amoureux est aux anges, bien évidemment, il prévient la terre entière avant que j’aie dit ouf. Au moins, plus la peine de me torturer l’esprit à ce sujet. Demain, nous irons voir Mamie à la maison de retraite. Avec son Alzheimer, elle aura une explosion de joie à peu près tous les quarts d’heure, à chaque « nouvelle » annonce. Il faut quand même qu’il y ait certains avantages à cette foutue maladie. Et puis, ça fera passer le temps plus rapidement d’ici lundi, j’ai hâte de tout valider, terminer le premier test!
Dimanche soir. Je n’ai pas faim. Je n’arrive pas à dormir. Je réfléchis. Après la 17ème annonce (ou à peu près), Mamie m’a dit :  » ne te fais pas accoucher, ACCOUCHE! »
Bien évidemment que je vais accoucher. Toutes les femmes accouchent. C’est la fin de toute grossesse. Je ne comprends pas. Et ça m’énerve.
J’arrive un peu en avance à mon entretien, comme toujours. J’en profite pour écumer la presse people. Je suis surprise de sa tête quand il vient me chercher. Je suis enceinte. C’est une bonne nouvelle. Non?
Il ne peut pas me suivre, je le sais pourtant, la fertilité, la grossesse, c’est mon domaine. Je devrai le savoir que je dois aller voir un spécialiste. Il doit bien y avoir 2-3 personnes en qui j’ai confiance à l’hôpital? Ben justement, non. Enfin, si. Mais pas pour ça. Pas pour moi. Pour moi comme ça. Il voit, il comprend, me donne des coordonnées.
Re-secrétaire. Re-entretien la semaine prochaine. En attendant, je ne sais toujours pas si je l’ai réussi ce fichu test…
La semaine est longue, ma concentration se disperse, la moindre odeur me soulève l’estomac. Est-ce que c’est normal? Et puis, cette envie incessante d’aller uriner… moi qui pouvait enchaîner 3 blocs sans pause…. Dans une semaine je saurai, le spécialiste m’expliquera tout.
J’arrive un peu en avance, comme toujours. Pas de presse people cette fois mais des manuels d’anatomie féminine, d’autres de la « physiologie du nouveau-né » et quelques dictionnaires de prénoms.
Il (elle? La porte s’est ouverte si vite que je n’ai pas eu le temps de trancher) ouvre la porte, repart dans son cabinet. Je suis seule en salle d’attente, je suppose que c’est pour moi. A peine mon sac posé sur une chaise que les mots « vêtements : là , vous : là , pied gauche là , pied droit là  » défilent en même temps qu’il (j’ai tranché) me désigne la table d’examen . Je ne suis pas du genre logorrhéique mais  je me présente au moins à mes patientes , enfin, je leur dit que je suis le médecin quoi. Bon bon bon, je suis donc à poil sur une table. Il est tout habillé sur son fauteuil en cuir derrière son bureau. Je ne suis pas pudique mais bon…
« Identité – Date de naissance- Poids- Taille- Antécédents Médicaux – TOUS- date des dernières règles et rapport fécondant » défilent . Ah, donc ce premier test concerne la mémoire. Ca devrait aller. Si je suis bien la procédure, j’aurai les réponses à mes questions.
S’en suit l’examen physique, rien d’extraordinaire, j’ai l’habitude, je fais ça tous les jours.
« Tout va bien. Pas de questions. « , alors que je remets mes chaussettes.
«  Si justement, je me demand… »
«  C’était pas une question. Tout va bien donc pas de questions.  A dans un mois. »
Je réalise que 9 mois, ça va être long. Parce que forcément j’en ai des questions. Ah c’est sûr, pas de celles que l’on pose dans une thèse de médecine mais elles sont là quand même.
Parce que forcément, je m’occupe des autres, tout le temps, mais à qui je vais les poser mes questions hein? Mon amoureux? Faut déjà qu’il trouve les réponses aux siennes alors… Les copines? Elles feront comme toutes les autres avant… Motus et bouches cousues… Resterait bien la Mamie mais faut cadrer dans les minutes de lucidité et c’est pas gagné…
Et puis, c’est vrai, maintenant, l’anesthésiste pose le cathéter de péridurale en préventif lors de la consultation du 7ème mois de grossesse. Mais je fais quoi moi si il bouge le cathéter? Si les doses ne me sont pas adaptées? Je les gère, comment moi,  les contractions? Hein?
Et puis, même si maintenant les recommandations internationales soutiennent l’alimentation au lait maternel au biberon, j’ai envie qu’il aille au sein ce bébé. Mais qui va m’aider? M’expliquer? Personne s’est dit que ce serait plus simple de les mettre au sein à la place de tout le tralala tire-lait, biberons, tétines et compagnie???
J’ai envie de pleurer. NON, tout ne va pas bien.
Ah je sais, à défaut de Mamie, je vais demander à ma patiente demain. Elle vient pour le  résultat de grossesse pour son deuxième enfant.
Elle pourra bien m’expliquer elle non? Après tout ce que j’ai fait pour elle, c’est la moindre des choses.

Réponse à l’interview d’Odile Buisson par Charlie Hebdo

Je tournais en rond depuis quelques semaines. J’y vais. J’y vais pas.

Et aujourd’hui, l’article de trop. Il faut dire, Mme Buisson, que votre stratégie de communication est à la limite de la perfection. Je dois bien vous reconnaître cette qualité là. Vous maniez le verbe avec tant de facilité et une adaptation digne d’un caméléon qu’on pourrait presque vous admirer. Passant d’articles bien phrasés et construits à un langage plus franc et direct,voire vulgaire, histoire de ratisser large question audience. Et puis, le fond qui ne change pas. Taper, toujours taper. Sur les sages-femmes en particulier. Et nous devrions nous laisser faire?

A vous lire, vous défendez bec et ongles la médecine en secteur public, et ses principales bénéficiaires dans notre domaine, les femmes. C’est d’ailleurs pour ça que Charlie Hebdo a tenu à vous publier. Cet argument appuie sa valeur quand vous abordez les maisons de naissance et les dépassements d’honoraires certains pratiqués par les sages-femmes. Dois-je vous rappeler les tarifs que vous-même appliquez au sein de votre cabinet libéral ? Et, pour la « petite » info, les sages-femmes de cette maison de naissance sont salariées… Vous vous attaquez également au morcellement du suivi (et pas qu’en gynécologie et obstétrique), à la réduction des individus au simple organe visé et regrettez que «  la personne n’est pas prise en compte dans sa globalité« .   Or,  l’essence même de ces lieux, et de notre métier de sage-femme est la globalité. Accompagner la femme, le couple, au cours de sa grossesse, voire, je suis d’humeur audacieuse ce soir, dans son projet de grossesse. Assurer les séances de préparation à la naissance, être présent lors de l’accouchement, assurer les visites de suivi à domicile après leur retour de la maternité, accompagner le chemin vers la parentalité, terminer par la consultation post-natale et les séances de rééducation périnéale. Et dans nos rêves les plus fous de sage-femme, cela serait possible quelque soit le lieu choisi par la femme pour accoucher. Donner cette possibilité aux futurs parents de CHOISIR de façon éclairée ce qui leur convient le mieux, ou ce qui est réellement adapté à la situation médicale de la femme et du bébé, entre le domicile, les maisons de naissances et enfin l’hôpital.

Mais Vous savez mieux qu’elles ce qui est bon, important, nécessaire . Et pour cela vous êtes même prête à mentir. Oser prétendre que les sages-femmes des maisons de naissance refusent d’accéder à une demande de péridurale est totalement FAUX. Si elle s’avère nécessaire, un transfert est organisé vers la maternité-partenaire (qui, puisque nous sommes en France, est accessible par un ascenceur ou un couloir). La parturiente est alors prise en charge par l’équipe de la maternité, dont l’anesthésiste et, toujours, une sage-femme (oui, nous sommes partout). Transfert qui peut aussi avoir lieu sur demande de la sage-femme de la maison de naissance, qui, en professionnel formé, autonome et conscient de ses limites, estime qu’une médicalisation est nécessaire au bon déroulement de la naissance. Effectivement, nous ne sommes pas médecin,ni généraliste, ni gynécologue ni obstétricien. Et ne souhaitons pas le devenir. Mais nous savons quand il est utile et dans l’intérêt de la femme de passer la main, parce que nous passons du temps avec nos patientes, beaucoup de temps. Non pas pour les formater, leur mettre la pression mais pour les écouter, les accompagner dans leur globalité et  faire en sorte qu’elles aient toutes les cartes en main pour décider. Peut-être est-ce cette notion de partenariat qui vous gêne , en plus du fait que nous « n’ayons pas franchement de compte à rendre ». Cependant, la collaboration et la bonne entente avec nos collègues médecins nous est essentielle, toujours pour le bien-être de nos patientes et du nôtre!

Autre mensonge révélateur de votre ignorance (je m’avance peut être , mais ne le faites-vous pas continuellement?) sur le suivi des femmes et de leur bébé à domicile après la sortie de la maternité. Il semblerait qu’une vaste machination à l’encontre des jeunes mères et des nouveaux-nés se soit jouée à l’insu de tous, patients, professionnels. Le PRADO vise les patientes qui ne relèvent pas de la sortie précoce mais bien à partir du 3ème jour de vie du bébé. Et, surtout ne le répétez à personne, les visites à domicile par les sages-femmes, ça existait  AVANT le PRADO. Et, autre scoop, tous les hôpitaux  et sages-femmes n’y adhèrent pas puisqu’ils travaillent déjà en co-lla-bo-ra-tion les uns et avec les autres depuis de nombreuses années.  Sages-femmes respectant les tarifs conventionnels de la CPAM, alors on ne peut pas franchement parler de secteur privé. Mais je vous accorde que les coûts engagés par cette institution diffèrent franchement entre une journée d’hospitalisation et la visite, bien souvent d’1 bonne heure, de la sage-femme. Renouvelée selon besoin médical, soutien psychologique, père, mère et/ou bébé. Et puisque que vous accordez tant d’importance aux chiffres , la montée laiteuse, ce n’est pas obligatoirement au 3ème jour (le corps humain est une merveilleuse machine, mais chacune a son propre rythme) les visites se cantonnent parfois au nombre de deux, souvent plus. Et s’il vous plait, arrêtez vos sous-entendus sur l’incompétence des sages-femmes et leur responsabilité dans l’augmentation des ictères nucléaires (dont l’incidence est de l’ordre de 1 cas pour 100000 naissances annuelles  en Europe) « parce que les nouveaux-nés étaient surveillés« .

Ce qui me désole, et, presque m’attriste le plus, c’est que vous êtes totalement déconnectée du processus physiologique d’un accouchement, et du vôtre tout particulièrement. Comment pensez-vous pouvoir défendre les femmes, vous battre pour elles, leur santé, en omettant ce moment si particulier de leur vie?  Je vous invite  à lire le précieux « J’accouche bientôt, que faire de la douleur? » de Maïtie Trélaün. Alors, sans vous dévoiler la fin hein, ça parle quand même un peu de la douleur… Parce que vous parlez bien de la naissance, du bébé mais quid de la femme? A part brandir l’utilisation de l’analgésie péridurale comme L’Elément indispensable d’un accouchement réussi, vous intéressez-vous aux envies, besoins des femmes? Parce que toutes ces petites choses, si anodines soient-elles pour vous, et bien , c’est chez nous, les sages-femmes que les mots et les larmes sortent. Et vous pouvez prétendre le contraire mais pour qu’il y ait une naissance, il y a un accouchement. Un bébé, « par en haut, par en bas »  a donc besoin de sa mère pour naître et je vous avoue que l’attente au ryhtme des lignes d’un roman m’interpelle. D’ailleurs, lequel avez-vous lu pendant votre accouchement euh, pardon la naissance de votre fils puisque  » le seul sens, c’est la sortie du bébé, la naissance« ?

Pour conclure, quitte à être caricaturale,  je trouve qu’il ne manque qu’un dessin parmi tous ceux qui illustrent vos propos : pourquoi pas, pour rajouter à l’insulte, une sage-femme coupant le cordon ombilical avec ses dents ?

Marie.1

Quand elle pousse la porte du cabinet pour sa première consultation , Marie a des étoiles plein les yeux. Quand elle parle de son bébé, de son amoureux, de la famille qu’ils seront. Et des papillons dans le ventre, qui semblent danser sous sa main protectrice.

Je suis heureuse aussi. Je suis installée depuis, quoi, quelques semaines et je découvre un aspect de ma profession qui m’était alors méconnu : la globalité. Jusqu’alors, en structure hospitalière, je rencontrais les femmes déjà toutes rondes à leur 7ème mois de grossesse, en prise en charge fractionnée, ponctuelle, dictée par les hasards de l’agenda. J’apprivoise donc ce suivi précoce, transition du « je suis enceinte » vers le « j’attends un bébé ». Je tâtonne, ajuste mon temps de consultation et savoure de ne pas  avoir à sacrifier quoi que ce soit.

La première échographie de grossesse de Marie est prévue dans quelques jours, aussi, quand nous entendons ensemble au doppler le coeur battre, j’avoue avoir été touchée aussi. Pas comme elle bien sûr, mais touchée par ce que cela représente, le fil conducteur…

De consultations en consultations, elle s’est arrondie, a profité du temps accordé pour poser ses questions, aborder l’accouchement, l’arrivée de son bébé, son rythme… Je n’ai pas vu le futur papa. Son métier  l’oblige à partir en mission à travers toute la France. C’est leur quotidien, ils se sont habitués à vivre en décalé l’un par rapport à l’autre, elle en horaires décalés, lui en mois décalés… Marie est sereine, a quelques inquiétudes, questions sur sa capacité à accoucher, accepter la force du travail que son corps fera pour aider son bébé à naître. Les potentielles absences de son compagnon , programmées en dernière minute, lui effleurent l’esprit, sans plus. Le temps de passer le relais à mes collègues de l’hôpital qu’elle a choisi arrive, c’est donc son dossier partagé sous le bras qu’elle me lance en guise d’à bientôt :  » bon, j’essaye d’accoucher en dehors de vos vacances sous le SoleilIndien hein, je préférerais que ce soit vous pour le suivi à domicile! »

Nous nous sommes revues pour une séance de relaxation entre deux. Et puis le temps a filé, la veille de mon départ pour le SoleilIndien, je l’ai « rêvée », allongée sur une table de bloc opératoire, les bras en croix, bébé sur la poitrine, né par césarienne… Mes patientes sont au courant de mes périodes de congé, elles savent ainsi quelle sage-femme appeler si besoin ou tout du moins, savent que l’équipe de l’hôpital transmettra leur suivi à quelqu’un d’autre durant mon absence. Je passe donc un coup de fil « aux filles » de la maternité et leur confirme mon départ pour le lendemain. Je leur demande si Marie est par hasard chez elle. Banco, accouchement par césarienne pour non engagement à dilatation complète il y a 4 jours. L’allaitement se passe bien, bébé est très demandeur (deuse en l’occurrence) de contact mais ça ne me surprend pas. Le papa est très présent, le retour à domicile se prépare, relayé par une de mes collègues. Quand je vais à l’hôpital pour un staff, une réunion, je passe voir mes patientes hospitalisées. Là, pas le temps de passer alors je lui téléphone. Elle vit difficilement la césarienne mais se dit que c’est encore très récent. Elle me rappellera à mon retour pour fixer les rendez-vous de rééducation et si besoin pour l’allaitement.

A la prise de rendez-vous, elle dit aller bien, son compagnon est en « repos de mission » pour 4 semaines. Ils cherchent leur rythme, apprécient d’être tous ensemble.

La veille de sa première séance de rééducation, je reçois un sms simple  » j’annule mes rendez-vous ». Je l’appelle. Elle est partie chez ses parents, sa fille pleure beaucoup, « sans discontinuer » , elle semble épuisée, à bout et  eu le courage de chercher de l’aide. Je perçois son besoin de parler, de cette césarienne, de cette transition de la grossesse vers la parentalité. Je lui propose de venir au cabinet, rendez-vous est pris pour dans 2 semaines, elle préfère rester encore dans sa famille.

Quand j’ouvre la porte, elle est méconnaissable. Et son bébé pleure. Non, elle hurle, à tel point que sa voix en est éraillée sur les exceptionnels temps d’apaisement. J’ouvre mes écoutilles, reste attentive pendant toute notre entrevue. La mise au sein ne la calme pas, elle reste agitée, repousse sa mère pour s’y raccrocher, puis la griffe, mord… Elles sont toutes les deux fatiguées. Marie pleure aussi, elle parle, raconte. La difficulté à trouver un médecin qui ne la somme pas d’arrêter immédiatement le co-dodo et l’allaitement parce que sa fille (entendu alors qu’elle avait à peine 3 mois) fait des caprices et qu’elle lui cède tout. Le parcours, d’ostéopathes en acupuncteur, en passant par la psychologue, afin de trouver une explication à ces pleurs, ces cris. La déception, le manque de soutien du papa, voire sa fuite en acceptant une mission à l’étranger. Son désarroi face au deuil de l’enfant parfait imaginé, au deuil de la parentalité parfaite. L’échec de l’écharpe de portage. L’échec des ballades en poussette, en voiture.

Je me sens totalement impuissante, j’aimerai lui proposer une « carte » supplémentaire. Je sens un bébé aux besoins intenses. Mais ce qui me frappe le plus, c’est le regard de ce bébé. Noir, dur, comme si elle était en colère contre sa mère. Mais, point positif, elles se regardent,c’est déjà ça… J’ai l’impression qu’elles ont quelques chose à régler. Je lui parle d’une collègue puéricultrice consultante en lactation. Peut être, surement que je rate quelque chose sur cet allaitement, sur leur relation. Elle a envie de la rencontrer. Et me demande de recaler des rendez-vous de rééducation, parce qu’elle a besoin de s’accorder ce temps-là.

A chaque séance, la routine s’installe. Je sais qu’elles sont arrivées car j’entends les hurlements se rapprocher du couloir à la salle d’attente. Marie installe sa fille sur les tapis, toujours en pleurs, puis s’installe sur la table, met ses boules quiès et travaille pendant 20 minutes.

Au fil des semaines, les hurlements deviennent des pleurs mais ne s’arrêtent pas. Marie se positionne quant à son couple, réfléchit sérieusement à tout arrêter. Elle a choisi un médecin traitant pour elle et sa fille, qui les écoute. Et n’a trouvé aucune source physique pouvant expliquer un tel niveau de pleurs. Elle accepte petit à petit cette césarienne comme accouchement.

Elles avancent doucement, mais dans leur bonne direction j’ai l’impression. Enfin, j’espère.